2'LO IT I S T O I R' E D E P O 'LYBE,
damerez & les voluptueux. Ils n’ont à craindre que los sor]irises lorfqu’otr pense à îeSattaquer sor la fin de leurs longs repas; au lieu qu’on peut tenter en tout te m s contre,ces derniers, plus nonchalans, tres-parefiènx, & rarement habiles, bien qu’on en airvù qui on: fr.ic des coups d’une extrême diligence; mais qu’on doit moins leur attri-buer qu'u ceux aufqucls ils sc- livrent. M. le Grand Prieur de Vendôme en a fait deuxen Italie. II fallut de puissantes machines pour obliger ce Prince à dormir un peu moinsqu’à l’ordinaire, & h rester moins h table ; mais combien a-t-il laissé échaper d’occa-iìons, & rejetté de beliesentre-prifes, bien moins par défaut de hardieíle & de coura-ge, que pour ne pas perdre fes heures de table , tout comme celles de dormir, qui.n’étoient pas en petit nombre.
Avouons-le franchement, les ennemis qu’il avoir en tête ne feront jamais accusésd’être aussi habiles qu’Annibal dans Part de former une entreprise importante fur la eon-noiílànce du caractère du Général ennemi. Nous en avons vu de toute'espèce pendantle cours de la guerre que nous avons soutenue en Italie ; mais ftpur des surprises d’ar-mées dans le plein jour ou nocturnes,nousn’en connoissonsaucune; jamais cependantGénéral ne s’est moins trouvé en état de les éviter & de les rendre inutiles que celuidont je viens de parler ,& jamais homme ne fut plus propre à recevoir une camifadequecelui-là. Un Général qui a fesliné quatre à cinq heures de teins, n’est guéres en état dese lever fìx heures plutôt qu’à l’ordinaire. Lorfqu’on fait état d’en dormir douze toutd’une traite, on s’éveille tout plein de vapeurs, & les conviés, qui ne font pas tou-jours les derniers d’une armée, soit par complaisance ou autrement, s’ils ne boivent pasavec exccs, ils en prennent toujours au-delà de ce qu’il leur en faut. Rarement les AI-lemans tentent ces fortes d’encreprifes, soit qu’ils choisissent la nuit pour boire, soit parrespect pour la bouteille, & pour ne pas troubler le repos des buveurs. Hors certainesheures consacrées à Bacchus, qu’on ignore souvent, un Général qui aime un peu trople vin, qui s’enyvrc-même, peut-être un grand Capitaine avec ce défaut. Celan’em-pêche pas que l’I lîstoíre ancienne & moderne ne nous fournifiè un grand nombred’exemples,.où ceux qui ont cherché à profiter du foible de leur Antagoniste, sesont souvent mécomptes dans les conséquences : car lorfqu’ils croioient les trouver dansì’état où ils les fouhairaient, ii arrivoit souvent qu’ils étoient à-jeun & fur pied. II'arriva tout le contraire au fiége de Samarie par Bénadacl,' l’excmple est remar-quable & peu favorable, .aux Princes & aux. Généraux yvrognes. Je le tire de l’E-criture.
Achab Roi d’Ifracl, assiégé dans cette place, éroit prêt à succomber; mais aiantété informé que son ennemi pastoit une partie de la journée à boire & à s’enyvrer dansfes repas,ne désespéra pas de son salut:il apprit en même temsque ses Généraux,quimangeoient ordinairement à fa table, s’enyvroienr tout comme lui, & ces Généraux aunombre de trente-deux étoient autant de Rois vaílaux ou fes alliés. Qui doute qu’iln’y eût parmi les conviés encore un grand nombre de Généraux subalternes? Le défautdu Roi Bénadadfut le sujet d'une sortie générale. Les assiégés sortirent de la ville surle midi , dit l’Auteur sa) sacré, cependant Bênadadétoìt dans fa tente qui bûvoit , &qui étoit yvre, & les trente-deux Rois qui étoient venus à son secours buvaient aujjì'avec lui. II y a toute forte d’apparenee qu’aucun d'eux ne s’épargna, & que chacunen prit en abonlance. Que peut-on tirer d’une armée commandée par trente-troisyvrognes complets? Elle fut attaquée par un corps de deux cens trente-deux valets ougoujats, soutenus de tout ce .qu’il y avoit de troupes dans la ville au nombre de septMille hommes.
(a) D. Caìmit dans les Rois , l. III. c. 20.