LIVRE IIÍ. C II A P. XXVII. 22?
Les valets de pied des Princes des Provinces marchoïent à la tête de P armée , conti-nue l’Auteur, Bénadad aiant etivoié voir ce que cétoit , on lui vint dire : ce font des■ ri s qui f sortis de Samarie. II dit h ceux qui lui parloient : soit qu ils viennent pour, -ri ter île la paix , feit qu ils viennent pour combattre ,preuez-les tous vifs. 11 n’étoitpas fort aile de íe saisir d’une telle Ambaííàde , composée de sept mille deux cens tren-te-deux hommes, qui marchent contre une-armée fans Chef, & où il n’y en avoirpas un seul qui fût sein d’eíprit & de jugement. Bénadad ordonne en yvrogne, il fetrouve tout d’un coup attaqué & forcé dans son camp , & obligé à quitter la tablepour s’enfuir.
Ces têtes à vin, nón paá telles qùe celles de Bénadad, mais telles que celles donc'j'ai parlé, qui l&ílònt là la bouteille lorsque l’état de leurs affaires les dispense d’en-faire usage, ne sont pas toujours ailées à surprendre à la tête d’un armée. Comme ilssentent leur défaut-, ilsse précautionnent devance ; outre qu’il est rare qu’iís ne soientpas toujours les premiers à attaquer ou h exécuter des entreprises extraordinaires. Telétoit Philippe, qui s’y engsgeoit souvent dans les faisons & les teins les plus fâcheux& les plus difficiles. Presque tous les Généraux abandonnés à l’yvrognerie, or.t tou-jours devancé les surprises, & pensé h surprendre leurs ennemis eux-mêmes ; ce quisaisoit qu’ils entreprenoient rarement fur eux, les croiant toujours fur leurs gardes, •Cela ne prouve pas qu’il ne s’en soit trouvé un plus grand nombre qui fe font vusattaqués lorsqu’ils s’y attendoient le moins, & dans un teins où ils n’étoient point euétat dc*fairc usage de leurs lumières & de leur jugement.
La conjuration de Thébes eíl célébré dans 1T Moire: elle n’étoit fondée que furFy vrognerie & l’intempérance de ceux qui commandaient dans la ville, & les conju-rés prirent si bien leur teins, qu’ils les égorgèrent au milieu de leur repas, lorsqu’ilscroient presque tous yvres,-
Bouríàult n’y prend pas garde lorsqu’íl sait i’éloge du Maréchal de Rantzau.'
„ L’y vrognerie, qui est un vice détesté des honnêtes gens, dit-if étoit une espèce„ de vertu à feu le Maréchal de Rantzau par le bon usage qu’il en seavoit faire. II„ ne montroit jamais plus de courage que lorsqu’il avoir bien bu ”. Voilà une plai-sante façon de louer un homme tel que ce Général. II étoit donc tout autre s’il n’a-voit pris du vin avec excès, & fans cette machine il étoit hors d’état de rien faire.Nous sçavons le contraire, & que son yvrognerie lui a joué de fort mauvais tours,& fait manquer de bonnes occasions. Si cet Auteur avoir dit qu’une certaine dozede vin échauffait son esprit & le mettoit en mouvement, comme cela se remarque encertaines gens, qui n’ont jamais plus d’espric & de raison que lorsqu’ils en ont unepointe, fans laquelle -Fun & l’autre sent endormis, il loueroit fans doute le Maré-chal, &'le vin pris modestement feroit une vertu en lui ; mais il étoit brave fans-cela. Ge qu’il dit ensuite est très-vrai, &. servira de supplément aux remarques quej’ai faites fur les Généraux borgnes, aveugles, manchots & bosiûs. Celui-ci, si l’onen excepte la boslè & 1 aveuglement, étoit tout cela, & même plus mutilé qu’aucumautre ancien & -moderne.
„ Peut-être depuis que l’on fait la guerre, continue PAuteur , n’y en a-t-il eu au-„ cun plus mutilé qu’il l’étoit : & ce qui lui manquoit, étoit ce qui publioit fa„ gloire.- II n’avoit qu’un bras,-qu’une jambe, qu’un œil, qu’une oreille, en un mot„ il n’avoit qu’un de tout ce qu’un homme peut avoir deux: & ce grand homme„ n’en étoit pour ainsi dire, que la moitié d’un. Cette difformité, qui saisoit la„ moitié de fa vie, fit aussi la moitié de son épitaphe qu’on a dressée à son tombeau* >
& qui mérite d’avoir place icy. -
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