LIVRE VIII. CHAP. III. 49
quì se jettoient des murailles, & ces pierres tomboient si juste, qu’ilsétoient obligés de se retirer de la prouë.
Outre cela il faisoit tomber une main de fer attachée à une chaîne,par laquelle celui qui, comme un pilote, conduisoit le bec de la ma-chine, aiant attrappé la prouë d’un vaisseau, abaissoit l’autre bout ducôté de la ville. Quand il avoit dressé le vaisseau sur la poupe, il te-noit immobile le bec de la machine; mais alors lâchant la chaîne par lemoien d’un moulinet ou d’une poulie, il falloit que quelques vaisseauxtombassent fur le côté, que quelques autres fissent la culbute, & que laplupart tombant de haut fur la prouë fussent submergés. Marcellus é-toit dans un très-grand embarras, tous ses projets étoient renverséspar les inventions d’Archiméde, il faisoit aes pertes considérables,les assiégés se moquoient de tous ses efforts. Cependant il ne laissoit pas que de badiner fur les inventions du Machiniste , cet hom-me , disoit-il, se sert de nos vaisseaux comme de cruches pour puiserde seau : «Sc soufflettant nos sambuques, il les chasse avec ignomi-nie comme indignes de ía compagnie. Tel fut le succès du siègepar mer.
Appius aiant souffert les mêmes difficultés, s’étoit aussi désisté de sonentreprise. Quoique son armée fût encore loin de la ville, elle étoitaccablée des pierres «Sc des traits que lançoient les balistes «Scies catapul-tes , tant étoit prodigieuse la quantité des traits qui en partoient «Sc laroideur avec laquelle ils étoient poussés. C’étoient des machines dignesdu Prince qui en faisoit la dépense, «Sc d’Archiméde, qui les dressoit «Scmettoit en œuvre. Et lorsque les ennemis s’approchoient de la ville,repoussés par les traits qui leur étoient jettés à travers la muraille, ilsfaisaient des efforts superflus. Si couverts de leurs boucliers ils avan-çoient avec violence, ils étoient assommés des pierres & des poutresqu’on leur faisoit tomber fur la tête, fans parler aes pertes que leur cau-saient ces mains de fer dont nous avons fait mention plus haut, & quienlevant les hommes avec leurs armes, les brisaient contre terre ou lesprécipitoient dans la mer.
Ce Consul s’étant donc retiré dans son camp «Sc aiant assembléson conseil, on y résolut de tenter toutes sortes de moiens poursurprendre Syracuse, à l’exception d’un siège en forme, «Sc cette ré-solution fut exécutée. Car pendant huit mois qu’ils restèrent de-vant à la ville, il n’y eut sorte de stratagèmes que l’on n’inventât, nid’actions de valeur que l’on ne fît, à l’assaut près que l’on n’oíàjamais tenter. Tant un seul homme & une seule science ont deforce dans quelques occasions, quand on sçait les emploier à pro-pos. Otez de Syracuse un seul vieillard, avec de si grandes forcessor terre & fur mer, la prife de la ville est immanquable : & fa feu-le présence fait que Test n’pse pas même l’attaquer, au moins de laTome FL G