LIVRE VIII. CHAP. VII. 5*9
miérement l’amitié de Caius Livius qui commandoit dans la ville, &ensuite celle des gardes de la porte appellée Témenide. Philéméne .-fê-tant aquis cette créance, faisoit entrer sans cesse du gibier dans la ville,soit celui qu’il avoit pris lui-même à la chasse T soit celui qui lui avoirété disposé par Annibal. 11 en donnoit une partie au Commandant. 11faisoit part de Pautre aux gardes de la porte, a lin qu’ils fussent toujoursprêts à lui ouvrir le guichet : car il en entroit Sc sortoit la plupart dutems pendant la nuit, en apparence par la crainte des erfnemis, maisen effet parce que le projet le demandoit ainsi.
Philéméne aiant ainsi accoutumé les gardes à lui ouvrir le guichet íànsdélai, toutes les fois qu’approchant de la muraille pendant la nuit il don-neroit un coup de sifflet pour les avertir, les autres conjurés, qui avoientappris que Livius commandoit pour les Romains dans la ville, devoitse trouver certain jour en grande compagnie dans le Musée joignant lemarché, prirent ce jour avec Annibal pour Inexécution de leur dessein.Avant ce tems-là ce Général avoit déja feint une incommodité, asm queles Romains ne fussent pas surpris de le voir rester si longtems dans lemême endroit : mais alors il s’étoit fait beaucoup plus malade, Sc se te-noit éloigné de Tarente de trois jours de marcie.
Le tems de fexécution étant venu, il choisit tant cavaliers que fan-tassins dix mille hommes des plus agiles & des plus braves, & leur or-donna de prendre des vivres pour quatre jours, & au point du jour ilse mit en marche, donnant ordre à quatre-vingt cavaliers Numides demarcher devant farinée environ trente stades, & de s’écarter à droiteSc à gauche du chemin, de peur que farinée ne fût apperçuë, & aíinde prendre ceux qui se rencontreroient sur la route, ou de crainte queceux qui échapperaient ne portassent à la ville la nouvelle que la cava-lerie Numide faisoit des courses. Quand cette cavalerie eut avancé en-viron six vingt stades, Annibal fit repaître fur le bord d T une rivière,,où son ne pouvoit le découvrir, & là aiant assemblé les chefs, fan s leurdire ouvertement de quoi il s’agissoit, il se contenta, pour les porter alè signaler dans cette occasion, de les assurer que jamais leur valeurn’auroit été mieux récompensée. II leur recommanda ensuite de faire-garder exaésement à chacun son rang dans la marche,de punir sévère-ment ceux qui le quitteroient, de faire attention aux ordres qui leur se-roient donnés, Sc de ne rien faire du tout que ce qui leur seroit conv-mandé.
Ensuite aiant renvoie ces Officiers chacun a son poste, le soir venu,il fait avancer son avantgarde, dans le dessein d’être au pied des mursvers le minuit. Philéméne servoit de guide, portant avec lui un san-glier pour faire ouvrir la porte. Livius, comme les conjurés favoientprévu, étoit ce jour-là avec ses amis dans le Musée, & il étoit an fort'du repas lorsqtfau soir on vint favertir que les Numides fourrageoienî
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