68 HISTOIRE DE POLYBE,
vaierie, la hardiesse d’attaquer le retranchement & le fossé des Ro-mains, dont l’infanterie ne cédoit point à la leur; ils eurent néan-moins de grandes raisons pour ne pas relier longtems avec elledans le même camp. Car premièrement les Romains, pour lesen chasser, avoient fait le dégât dans les environs. De plus il n’é-toit pas possible de faire apporter de loin du foin ou des orges pourun si grand nombre de chevaux «Sc de bêtes de charge. Et outrecela ils étoient dans une fraieur continuelle qu’il ne vînt de nou-velles troupes au secours des Romains, «Sc que ces troupes campantencore auprès d’eux d’un autre côté ne leur coupassent entièrementles vivres. Annibal jugeant fur ces raisons qu’il tenteroit vainementde faire lever le siège par force, eut recours à un autre expédient,qui étoit de couvrir fa marche, & de se montrer subitement auvoisinage de Rome, dans la pensée que jettant ainsi l’épouvante par-mi les habitans, il feroit peut-être une tentative utile fur la ville,,ou que du moins par cette feinte il obligeroit Appius, ou de se re-tirer de devant Capouë pour accourir au secours de fa patrie, oude partager son armée, auquel cas il lui feroit aisé de battre & ceuxqui viendroient au secours, & ceux qui seroient restés au siège.Dans ce dessein il pensa à faire tenir sûrement une lettré aux assié-gés, pour les avertir de ce qu’il projettoit. Car il craignoit fortque fa retraite ne leur fît croire qu’il n’y avoit plus pour eux d’eípé-rance, & ne les portât à quitter íòn parti & à fe rendre aux Romains.,Pour cela aiant persuadé à un Afriquain de se jetter parmi les Romainscomme déserteur, & de passer de leur camp dans la ville, le jour d’après>qu’il eut levé le camp, il le fit partir avec une lettre qui leur apprenoitson dessein, «Sc la raison pour laquelle il s’éloignoit, afin qu’iis ne per-dissent pas courage.
Quand les nouvelles vinrent à Rome de ce qui íè passoit à Ca-pouë, & qu’Annibal campoit auprès des Romains «Sc les assiégeoit,.ce fut une surprise & une terreur extrême ; chacun croioit toucherau jour que cette grande guerre alloit fe décider. En, générai, en par-ticulier, on ne fut occupé que du foin d’eavoier du secours «Sc. desmunitions.
Les assiégés aiant connu par la lettre d’Annibal quel étoit son dessein,& trouvant à propos de tenter encore cette voie, continuèrent à soute-nir le siège. Au bout de cinq jours Annibal fait repaître, «Sc. laissantles feux allumés marche avec íì peu de bruit, que personne des enne-mis ne sçavoit qu’il fût parti. II traverse les Samnites à grandes jour-nées «Sedans s’arrêter, faisant toujours reconnoître «Sc prendre par son>avantgarde toutes les places qui fe rcncontroientsur la route. On étoitencore à Rome dans les premières inquiétudes fur Capouë «Sc fur ce quis’y faifoit, lorfqu’Annibal, aiant passé le.Téveron fms être apperçu,