LIVRE VIII. CHAP. II. 69
approche de Rome & campe à quarante stades au plus de cette ville.Cette nouvelle jetta Rome dans un trouble & une confusion d’au-tant plus grande,qu 1 Annibal ne ssetoit jamais tant approché,& qu’onne s’attendoit à rien moins. Ce qui augmenta la fráieur fut la pen-sée qui vint d’abord à l’esprit, qu’il ne pouvoit se faire que les enne-mis se fussent tant avancés » íi auparavant ils n’eussent défait les lesgions qui étoient k Capouë. Aulìitôt les hommes montent fur Ié-murailles, & lè hâtent de s’emparer hors de la ville des postes avan-tageux. Les femmes courent aux temples, font des vœux aux Dieux,balaient de leurs cheveux le pavé des autels. Car telle est leur cou-tume lorsque la patrie est menacée de quelque grand péril.
Annibal avoit déja fortifié son camp, & devoit le lendemain don-ner le premier assaut k la ville : mais il arriva par hazard une chosesingulière qui fut le salut de Rome. II y avoit déja du tems queCnéus Fulvius & P. Sulpicius avoient levé une légion, & c’étoic cejour-la même que les soldats s’étoient obligés par serment de venir àRome en armes, &c actuellement ils en levoient encore une autredont ils éprouvoient les soldats. De forte que par le plus grand bon-heur du monde il se rencontra ce jour-lk k Rome quantité de trou-pes. Les Consuls se mirent k leur tête, & furent camper hors de laville. Cela refroidit beaucoup la chaleur d’Annibal, qui avoit quel-que espérance d’emporter la ville d’emblée. Mais quand il vit lesennemis rangés devant lui en bataille, & qu’un prisonnier l’eût in-formé des précautions que les Romains avoient prises, il ne pensaplus k prendre Rome. 11 voltigea seulement de côté & d’autre, ilravagea le païs & réduisit en cendre les édifices. 11 fit dans les com-mencemens un butin prodigieux; cela ne doit pas surprendre, il étoitvenu pour butiner,& dans un païs où personne ne croioit que l’Enne-mi dût jamais venir.
Cependant les Consuls aiant eu assez de résolution pour camper àdix stades des Carthaginois, Annibal qui se voioit un grand butin, &qui d’ailleurs ne pouvoit plus espérer d’entrer de force dans Rome,décampa un matin & se mit en marche. La plus forte raison qu’il eneut, c’est la supputation qu’il avoit faite des jours après lesquels ileípéroit qu’Appius informé du péril ou étoit Rome, ou leveroit le siè-ge pour venir au lècours de cette ville, ou ne laissant que quelquestroupes au siège, viendroit avec la plus grande partie de son armée :deux partis, dont Pun ou Fautre devoit être favorable aux Carthagi-nois.
_ Au passage de la rivière, Publius lui donna bien de rembarras. Caraiant fait rompre les ponts, il Fobligea de la passer k gué, & donnavigoureusement fur ses troupes. II ne put cependant pas engager une :grande action, à cause du grand nombre de cavalerie qu’avoit Anni-
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