LIVRE X. CIÏAP. II, ioi
de rassembler par cohortes fur la place tout le butin qu’iís a voient Fait 3& de passer la nuit auprès. Les armés à la légére furent amenés dncamp & postés fur la colline qui regarde l’Orient. Ainsi fut réduite enla puissance des Romains la nouvelle Carthage.
Le lendemain, tout ce qui s’étoit pris tant fur la garnison que fur lescitoiens & les artisans aiant été rassemblé fur le marché, les Tribuns lsdistribuèrent à leurs légions, selon sillage établi chez les Romains. Ortelle est la maniéré d’agir de ce peuple dans les prises de villes. Cha-que jour On tire tantôt des légions en général, tantôt des cohortes enparticulier, un certain nombre de troupes selon que la ville est grandeou petite, mais jamais plus de la moitié. Les autres demeurent dansleur poste, soit hors de la ville, soit au dedans, selon qu’il est besoin,Comme leur armée pour l’ordinaire est composee de deux légions Ro-maines & autant d’alliés, quelquefois même de quatre légions, quoi-que rarement; toutes ces troupes se dispersent pour butiner, & on por-te ensuite ce que l'on a pris chacun à íà légion. Le butin vendu à l'en-can, ces Tribuns en partagent le prix en parties égales,qui se donnentnon seulement à ceux qui sont aux différons postes, mais encore à ceuxqui ont été laissés à la garde du camp, aux malades & aux autres quiont été détachés pour quelque fonction que ce soit. Et de peur qu’ilne se commette quelque infidélité dans cette partie de la guerre, on saiejurer aux soldats avant qu’ils se mettent en campagne & le premier jourqu’ils sont assemblés, qu’ils ne mettront rien à part du butin, & qu’ilsapporteront fidèlement tout ce qu’ils auront gagné, comme nous sa-vons dit plus au long quand nous avons traité du Gouvernement,.
Au reste par cet ulàge de partager farinée & d’en emploier unemoitié au pillage & de laisser l’autre à la garde des postes, les Ro-mains se sont précautionnés contre les mauvais effets de la passiond’aquérir. Car l’espérance d’avoir part au butin ne pouvant être frus-trée k ségard de personne, & étant aussi certaine pour ceux qui restentaux postes que pour ceux qui font le pillage, la discipline est toujoursexactement gardée: au lieu que parmi les autres nations, faute d’obser-ver cette méthode, il arrive souvent de grands désordres. Pour l’ordi-naire ce qui donne de la fermeté dans les peines de la vie & fait mépri-ser les dangers, c’est l’esperance du gain. 11 n’est donc pas possibleque, quand l'occasion de gagner so présente, ceux qui restent dans lecamp ou qui montent quelque garde,, ne soient très - fâchés de la per-dre, quand on a pour maxime, comme la plupart des peuples, quetout ce qui se prend appartient à celui qui a pris. Car alors unRoi ou un Général a beau ordonner avec loin que tout ce que l’onbutine soit apporté à une même masse , on ne manque pas de ^appro-prier tout ce que l’on a pû mettre de côté, Et comme le plus grand
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