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Tome sixieme.
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LIVRE X. CHAP. V: ut

Marceîlus parut en cette occasion plus simple & plus imprudentqu’habile Capitaine, & c’est ce qui lui attira cette disgrâce.

Je ne puis m’empêcher de rapporter souvent de ces sortes de fautes?car entre celles que je vois commettre aux Généraux, celle-ci est unedes plus ordinaires.. Cependant c’est celle de toutes où paroît le plus^ignorance d’un Général. Car que peut-on attendre d’un Chef quine sçait pas, qu’un homme, qui commande une armée, ne doit passe mêler dans de petites actions qui ne décident pas des affaires ca-pitales? A quoi est bon un Général, qui ignore que quand même lesconjonctures demanderoient qu’il entreprit quelque action particulièreil faut qu’il périsse beaucoup de ceux qu’il conduit, avant qu’il s’exposelui - même au dernier péril ? S’il y a quelque chose à hasarder, c’est l’af-faire d’un avanturier, & non d’un Général. Car dire après avoir man-qué son coup qu’on n’y avoit pas pensé, & qu’on n’avoit pas prévisque la chose tourneroit de certaine maniéré, c’est à mon sens la mar-que la plus évidente qu’un Général puisse donner de son peu d’expé-rience & de son incapacité.

Annibal par bien des endroits me paroît un grand Capitaine. Maisen quoi je trouve qu’il a excellé, c’est que pendant tant d’années qu’ila fait la guerre, quoique les conjonctures ne lui aient pas toujours étéfavorables, il a eu l’adresse d’engager souvent ses ennemis dans desactions particulières, fans que jamais ses ennemis aient pst le tromper'lui-même, malgré le grand nombre de combats, & de combats consi-dérables qu’il a donnés: tant écoient grandes les précautions qu’il pre-noit pour la sûreté de sa personne. Et l’on ne peut en cela que louersa prudence. Toute une armée périrait, que tant que le Général sub-siste & peut agir, la fortune lui fait naître quantité d’occasions de ré-parer ses pertes. Mais lui mort, l’armée n'est plus que comme unvaisseau qui a perdu son pilote. Quand elle serait assez heureuse pourremporter la victoire & abattre ses ennemis, ce bonheur ne lui servi-rait de rien, parce que toutes les espérances font fondées fur les Chefs.Ceci soit dit pour ces Généraux, qui ou par vanité, ou par une légè-reté puérile, ou par ignorance, ou par mépris pour leurs ennemis,tombent dans de pareilles fautes. Car il est sûr que les mauvaises sui-tes de la mort d’un Général qui s’est mal à propos exposé, n’arrivenS-que par quelqu’un de ces défauts.

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