zi4 HISTOIRE DE P O L Y B E y
maximes qui ont servi à les conquérir. Or il eít évident, 6c on peutle prouver par une infinité d’exemples, que le vrai moien de se rendremaître d’un peuple, c’tst de lui faire du bien «Sc de lui en faire espérerdavantage. Mais fi après savoir conquis, on le maltraite & on le gou-verne despotiquement, on ne doit pas être surpris, que ce changementde maximes, dans ceux qui gouvernent, entraîne après lui le chan-gement de ceux qu’ils avoient soumis.
Dans des conjonctures fi fâcheuses, Asdrubal avoit Pesprit extrême-ment agité & inquiet sur les suites funestes dont il étoit menacé. D’uncôté la désertion d’índibilis le chagrinoit, 6c de l’autre la mauvaise in-telligence qui régnoit parmi les principaux Officiers, 6c la dispositionoù ils étoient de ne le plus suivre. 11 trembloit surtout que Scipionalors ne se présentât. Enfin jugeant que bientôt ce Consul se mettroiten marche, 6c se voiant abandonné des Espagnols, qui tous à l’envi-étoicnt allés ie joindre aux Romains, il crut ne pouvoir rien faire demieux que de ramasser toutes ses forces «Sc de donner bataille aux enne-mis. Sa raison étoit que si le bonheur vouloir qu’il fût vainqueur, ilpourroit tranquillement délibérer sur ce qu’il auroit à Faire dansla fuite?& que s’il éto t v; incu, il se retireroit dans les Gaules avec ceux qui se. ferment sauvés de la mêlée, «Sc qu’emmenant de la une troupe de Bar-bares il paíferoit en Italie pour secourir Annibal son frère «Sc partagerses espérance?. Pendant qu’Asdrubal méditoit ce projet, C. Lseîiusarriva de Rome, & instruisit Scipion des volontés du Sénat. Aussitôt leConsul si t íòrtii íès troupes de leurs quartiers «Sc rencontra fur fa route lesEspagnol?, qui venoient à lui avec beaucoup de joie 6c d’empressement.
Indibilis entre autres, qui lui avoit déja auparavant envolé de ses nou-velles, le voiant approcher, sortit du camp «Sc le vint joindre avec sesamis. Dans Pentretien qu’il eut avec Scipion, il lui parla de Punionqu’il avo t euë avec les Carthaginois, des services qu’il leur avoit ren-dus, de la fidélité qu’il leur avoit gardée, des injustices qu’sislui avoientfaites, des mauvais traitemens qu’il en avoit reçus, «Sc le pria 'd’ètre ju-ge entre les Carthaginois «Sc lui : que si c’étoit à tort qu’il fè plaignoitd’eux, cela devoit faire conclure à Scipion qu’il ne fer m t pas plus siuéleaux Romains; que si au contraire il ne les avoit quittés, que parce qu’ily avoit été comme forcé par la maniéré outrageante dont ils Pavoient trai-té, il devoit espérer qu’après avoir embrassé le parti des Romains, il au-roit pour eux un attachement inviolable. 11 dit encore quantité de cho-ses fur ce lujet; après quoi Scipion prenant la parole répondit qu’il nedoutoit nullement de ía sincérité, qu’il ne vouloit d’autre preuve du mau-vais procédé des Carthaginois à l’égard des autres Espagnols, que l'in-solence dont ils avoient usé envers ía femme & íès filles qu’ils avoient pri-ses en otage: au lieu que lui, qui ne les avoit pas à ce titre, mais com-me priiònniéres 6c esclaves, les avoit gardées avec autant de foin qu’iî
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