n 6 HISTOIRE DE P O L Y B E,.
tombent sur le flanc de ceux qui marchoient, «Sc obligent à tournerle dos tous ceux qui étoient rangés. Quand Asdrubal vit ses trou-pes plier & prendre la fuite, il suivit le plan qu’il s’étoit fait d’abord.11 ne voulut pas tenir jusqu’à l’extrémité, il prit tout ce qu’il avoit d’ar-gent «Sc d’éléphans, «Sc ralliant les f’uiars, il se retira vers le Tage pourde là p iller les Pyrénées «Sc décendre chez les Gaulois qui habitent dansces quartiers-là.
Scipion ne crut pas qu’il fût à propos de le poursuivre, de crainteque les autres Généraux ne vinssent le surprendre, il abandonna seu-lement le camp des ennemis au pillage. Le Lendemain, tous les pri-sonniers assemblés au nombre de dix mille fantassins «Sc de plus dedeux mille chevaux, il pensa comment il en devoir disposer. Tout cequ’il y avoit d’Espagnols, qui dans cette occasion avoient pris les ar-mes pour les Carthaginois, vinrent alors se rendre aux Romains, «Scdans les entretiens qu’ils avoient avec eux, il donnoient à Scipion laqualité de Roi. Edecon avoit été le premier à la lui donner en lesaluant, «Sc Indibilis av.oit suivi son exemple. Scipion d’abord n’y avoirpas fait d’atteniion. Mais après la bataille tout le monde le saluant fousce titre, il y pensa sérieusement. C’est pourquoi aiant sait assembler les.Espagnols, il leur dit qu’il vouloit bien palier chez eux pour un hom-me d’un cœur vraiment roial «Sc être tel en effet: mais qu’il ne vouloitpas que personne l’appellát Roi, «Sc qu’il leur ordonnoit de ne le trai-ter que de Général.
Qui n’admirera ici la grandeur d’ame de ce Consul? II est encoresort jeune, «Sc la fortune le savoiise tellement, que tous ceux, à la têtedeíquels il se trouve, se portent d’eux- mêmes à le traiter de Roi; ce-pendant il ne perd pas de vuë ce qu’il est, «Sc rejette loin îe titre flat-teur dont on veut l’honorer. Mais cette grandeur d’ame surprendrabien davantage, ii l’on jette les yeux furies derniers tems de fa vie. Caraprès les grands exploits qu’il avoit faits en Espagne, après avoir dom-té les Carthaginois, réduit fous la puissance de la patrie la plus gran-de «St la plus belle partie de l’Afrique, depuis les autels de Philaene jus-ques aux colonnes d’IIercule; après avoir conquis l’Afle, vaincu lesRois des Assyriens, assujetti aux Romains la plus grande «Sc la plusconsidérable partie de Puni vers, dans combien d’occaíìonss’tst-il trouvéde se frire Roi ? On peut dire qu’il n’avoit qu’à choisir le païs qui luiplaisoit le plus. Une fortune fi rapide «Sc íì constante, qui étoit capabled’inspirer un orgueil excessif, je ne dis pas feulement à un homme,,mais à une Divininé, s’il est permis de s’exprirner ainíi, ne tenta point.Scipion. 11 étoit fi fort au - dessus des autres hommes par là grandeurd’ame, qu’il n’eut que du mépris pour la Souveraineté , bien cependantau-delà duquel on n’ose rien demander aux Dieux. II préféra sa patrie6c la fidélité qu’il lui devoit à une puissance fi éclatante 6c fi heureuse.
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