L I V R E XI. CHAP. I I.
ìi?
CHAPITRE II.
Harangue faite aux Etoìiens fur leur guerre avec Philippe.
I L me semble, Etoìiens, que Ptolémée & les villes de Rhode, deByfance, de Chio & de Mityléne, ont assez fait voir combien ilsavoient k cœur de n’être plus en. guerre avec vous. Ce n’est ni pourla premiere ni pour la seconde fois que nous venons vous parler de cet-te paix. Depuis que vous avez entrepris la guerre, nous n’avons laissééchapper aucune occasion de vous remontrer combien il étoit impor-tant de la finir : portés k cela tant par la ruine prochaine dont vousêtes menacés, vouâ'& les Macédoniens , que par les maux que nousprévoions devoir tomber fur votre patrie & fur toute la Gréce. Quandon a mis le feu k quelque matière combustible, on n’c-st plus maîtred’en arrêter les funestes effets, l’embrafement s’étend selon que le ventpousse & que la matière jette de flammes, souvent même celui qui l'acausé est le premier k en éprouver la violence. II en est de même de laguerre. Une fois allumée, elle commence par consumer ceux qui enfont les auteurs, de lk elle fe répand & réduit en cendres tout ce qu’el-le rencontre, portée de proche en proche & prenant toujours de nou-velles forces par la sottise des peuples. Figurez - vous donc, Etoìiens ;que tous les Insulaires & tout ce qu’il y a de Grecs dans P Asie font icipréfens, & vous conjurent de finir la guerre; le mal a passé jufqu’keux, revenez k vous mêmes, & suivez avec docilité les conseils quel’on vous donne.
En effet si la guerre que vous faites ne vous étoit que préjudiciable,,comme la plupart des guerres ont coutume de Pêtre, & que d’ailleurselle vous fùt glorieuse ou par le motif qui vous a poussés k l’entrepren-dre, ou par Phonneur qui devroit vous en revenir, on pourroit peut-être vous la pardonner en faveur d’une si louable disposition ; mais sic’eít la plus honteuse de toutes les guerres, si elle ne peut que vouscouvrir de confusion, si elle n’est capable que de vous attirer le blâme& la censure de tous les hommes, ne mérite -1 - elle pas que votîs yfassiez de sérieuses réflexions? Je vous dirai franchement ce que j’enpense, & 11 vous êtes sages, vous ne me fçaurez pas mauvais gré decette liberté, Un reproche fait k propos, & qui vous tire d’un périlévident vous est infiniment plus avantageux, qu’un discours flatteur,qui seroit suivi de votre ruine entière & de celle de tout le reste desGrecs. Souffrez donc que je vous mette devant les yeux Perreur où.vous êtes.
Vous