123 HISTOIRE DE P O L Y B E,
Vons dites que vous ne prenez les armes contre Philippe que pourempêcher que les Grecs ne tombent fous fa domination , mais cette en-treprise ne tend qu’à perdre la Gréce & à la réduite en servitude. Lesconditions du Traité que vous avez fait avec les Romains ne permet-tent pas d’en douter, conditions qui n’étoient d’abord qu’écrites, maisdont on voit aujourd’hui l’exécution. Dès le tems même qu’elles n’é-toient qu’écrites, elles vous couvroient déja de honte, aujourd’huiqu’elles s’accompliíTent , elles mettent dans le plus grand jour votreinfamie. D’ailleurs Philippe n’eft ici qu’un vain nom 6c un pur prétex-te. Car dans cette guerre il ne court aucun risque. Vos conventionsne portent préjudice qu’à ses alliés, aux peuples de la plupart du Pélo-ponèse, de la Béotie, de l’Eubée, de la Phocide, aux Locriens, auxThessaliens & aux Epirotes, puisqu’elles portent que les hommes £®p lesbagages pris .appartiendront aux Romains , £5? que les villes £-? lesterres jeront pour vous. Après la prise d’une visse, vous ne pourriezsouffrir qu’on outrageât des citoiens libres, vous auriez horreur de brû-ler des places que vous auriez conquises, tine telle cruauté ne vous pa-roîtroit digne que des Barbares: 6c cependant vous faites un Traitéqui abandonne aux Barbares toute la Gréce, & la livre en proie auxoutrages les plus honteux. D’abord on ne foupçonnoit pas qu’il dût a-voir des fuites íì finesses, mais ce qui vient d’arriver aux Otites 6c auxinfortunés Eginétes met la chose en évidence. La fortune semble avoirpris plaisir à exposer en plein théâtre votre imprudence. Tel a été lecommencement de votre guerre, tel jusqu’a présent en a été l’événe-ment. Que devons-nous attendre de fa fin, fi tout vous réussit selonvos souhaits, sinon qu’elle sera l’époque malheureuse des maux extrê-mes dont toute la Gréce sera accablée? Car quand les Romains au-ront une fois mis fin à leur guerre d’ítalie, ce qui ne peut pas tarderlongtems, Annibal étant déja resserré dans un coin delaBrettie, ilest hors de doute qu’ils ne manqueront pas de venir avec toutes leursforces se setter fur la Gréce, en apparence pour vous apporter du se-cours, mais au fond pour en grossir le nombre de leurs conquêtes. Si,après s’en être rendus les maîtres, ils nous traitent favorablement, ilsremporteront tout l’honneur 6c toute la reconnoissancedu bienfait ; quefi au contraire ils usent contre nous du droit de la guerre à la rigueur,ils s’enrichiront des dépouilles de ceux qu’ils auront tués, 6c réduirontles autres à leur obéissance. Vous prendrez alors les Dieux k témoins,6c ni Dieu ne voudra ni homme ne pourra vous secourir.
Voilà, Etoîiens, ce que vous deviez prévoir dès le commencement,rien n’étoit plus digne de vous ; mais puisqu’il y a plusieurs choses dansî’avenir, où il n’est pas possible à l’homme de pénétrer ; au moinsaujourd’hui que vous voie z les maux que vous causez, prenez deplus sages mesures pour éviter ceux qui suivront. Pour nous, nous