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Tome sixieme.
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J 32 HISTOIRE DE POLYBE,

Cela ne devoit pas manquer alors, & il est rare que cela manque.Car autant que les soldats Républicains sont dans les combats supérieursà ceux qui servent un Tyran, autant les étrangers qui sont k la soldedes Tyrans sont au-dessus de ceux qui se mettent au service des Répu-bliques. C’est que les soldats Républicains combattent pour la liberté,& les sujets d’un Tyran pour la servitude, & que les étrangers à la sol-de d’une République ne sont animés que par l’espérance du salaire donton est convenu; au lieu que les autres, s’ils manquent à leur devoir,courent risque de n’être plus emploiés. Car un peuple libre, après ladéfaite de ceux qui en vouloient à fa liberté, ne se sert point d’étran-gers pour la conserver; un Tyran au contraire a d’autant plus besoind’eux qiTil aspire il plus de conquêtes. Plus il y a de gens qui souf-frent de ses injustices, plus il a d’embûches k craindre. En un mot3a íûreté des Tyrans dépend toute des liaisons qu’il entretient avecles étrangers, & des forces qu’il en tire. C’est la raison pourquoiles étrangers de Machanidas témoignèrent tant de valeur en cette oc-casion. Leur choc fut si rude, que les Illyriens & les cuirassiers quifoutenoient les étrangers ne purent y résister. 11s furent entièrementrompus & s’en fuirent en hâte à Mantinée, quoique cette ville fût ksept stades de la bataille.

Ce fut alors que l’on vit avec évidence une vérité dont quelques-unsfont difficulté de convenir, que la plupart des événemens militairesne font heureux ou malheureux qu’k proportion de l’habileté ou del’ignorance des Chefs. C’est être habile, je le veux, que de faire enforte, après avoir bien commencé une action, que la tìn ne dementepas le commencement; mais la gloire est bien plus grande, lorsqu’a-près avoir eu du pire au premier choc, loin d’en être ébranlé & deperdre tête , on réfléchit fur les fautes que les bons succès fontcommettre à son ennemi, & qu’on les'tourne à son avantage. 11 estassez ordinaire de voir des gens, à qui tout semble prospérer au com-mencement d’un combat, tourner le dos peu de tems après & êtrevaincus; & d’autres au contraire qui, après des commencemens très-desavantageux, savent, par leur bonne conduite, changer la face deschoses & remporter la victoire, lorsqu’on s’y attendoit le moins. Nosdeux Généraux nous fournissent un exemple des plus sensibles de l’un& de l’autre.

Après la déroute des étrangers & la défaite de l’aîle gauche, Macha-nidas au lieu de suivre son premier dessein, de déborder de ce -côté-là& de charger en flanc & de front les Achéens, s’amuse en jeune hom-me à íe mêler avec les troupes étrangères & k poursuivre sans ordre lesfuiards: comme si après avoir plié, la crainte feule n’eût point été ca-pable de les faire courir jusqu’aux portes de la ville. Au contraire le Gé-néral des Achéens, après avoir fait d’abord son possible pour arrê-ter