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Tome sixieme.
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L I V R E XL CHAP. IV.

N5

CHAPITRE IV.

Eloge fîArmìbal

O N ne peut considérer le nombre d’années qu’Annibal a comman-dé, les batailles générales-& les petits combats où il s’est trouvé,les sièges qn’il a faits, la révolte des villes qu’ils avoit conquîtes, lesconjonctures fâcheuses où il s’est rencontré, la grandeur & l’importan-ce de la guerre qu'il a fait aux Romains dans le sein même de Pitaliependant seize ans, sans jamais donner de relâche à íes troupes, quel'on ne soit transporté d’admiration. Quelle habileté dans Part de con-duire les armées! quel courage! quel usage & quelle expérience dansla guerre! Comme un sage Gouverneur, il a sçû tellement se soumet-tre & contenir ses gens dans le devoir, que jamais ils ne se remuèrentcontre lui, & que jamais il ne s’éleva entre eux aucune sédition. Quoi-que son armée ne fût composée que de soldats de divers païs, Afri-cains, Espagnols, Gaulois, Carthaginois, Italiens, Grecs, qui n’a-voient de commun entre eux ni loix, ni coutumes, ni langage; cepen-dant il vint à bout par son habileté de réunir toutes ces différentes na-tions, de les réduire au commandement d’un seul Chef, &de leur faireprendre les mêmes vûës que lui. On en seroit peut-être moins surpris,íi la fortune, toujours constante à son égard, ne lui eût jamais fait é-prouver aucun revers; mais non: si souvent il a eu le vent en poupe,quelquefois aulìi il a eu des tempêtes à eíTtîier. Quelle idée tout cela nedoit-il pas donner de Phabileté d’Annibal dans le métier de la guerre !On peut assurer, sans rien risquer, que si ce grand homme n'étoit venuchez les Romains, qu’après avoir effaié ses forces dans les autres partiesdu monde, il n’auroit pas manqué un seul de íès projets; mais parcequ’il commença par où il devoít sinir, comme les Romains furent lepremier objet de ses exploits, ils en lurent aulìi l’écueil.

C II A P I T R E * V.

Eéjaìte â'Asdrubal fils âe Gijcon par Pub. Scipion .

A Sdrubal aiant rassemblé ses troupes des villes où elles étoient enJL~\ quartier, se mit en marche & fut camper allez proche d'uneMile appellée Elinge, au pied d’une montagne, où il se fortifia d’un

re-