1 3 6 HISTOIRE DE POLYBE,
retranchement, & où il y avoit devant lui une plaine très-propre pourune bataille. II avoit íòixante-dix mille hommes de pied, quatre millechevaux&trente-deux éléphans. Aussi tôt Scipion envoia JuniusSylla-nus à.Coleas pour en recevoir les troupes qu’il lui avoit destinées, & quiconíistoient en trois mille hommes d’infanterie & cinq cens chevaux. 11prit le reste des alliés, & commença à marcher contre l’ennemi. 11 ren-contra auprès de Castulon & de Bocyle les troupes que Syllanus ame-noit de la part de Coleas. Mais une chose lui donnoit beaucoup d’in-quiétude. D’un côté les troupes Romaines, fans alliés, n’étoient pas as-sez fortes pour donner une bataille décisive, & de l’autre il ne lui pa-roiíloit pas prudent d’hazarder fur la foi des alliés une action de cetteconséquence. Après quelque délibération, il prit le parti d’emploierdefaçon les Espagnols, que l’ennemi crût qu’il s’en ferviroit,& cependantde ne mettre aux mains que ses propres légions. II íè met ensuite enmarche, aiant quarante-cinq mille hommes de pied & trois mille che-vaux. Quand il fut près des Carthaginois & en présence, il campa surdes hauteurs qui étoient vis-à-vis des ennemis. Magon croiant que c’é-toit justement là le tems de charger les Romains pendant qu’ils cam-poient, il prit avec lui la plus grande partie de fa cavalerie, & Massa-mssa les Numides, & ils fondirent fur le camp, comme assurés qu’ilsprendroient Scipion au dépourvu. Mais il avoit prévû de loin cet éve--nement, & avoit mis en embuscade derrière une hauteur un nombre decavalerie égal à celui des Carthaginois. Cette cavalerie fe montrant toutd’un coup & lorfqu’on ne s’y attendoit pas, étonna li fort les ennemis,que plusieurs en fuiant tombèrent de leurs chevaux; les autres à la vé-rité fe battirent avec vigueur, mais l’adresse des Romains à sauter en basde leurs chevaux leur faifoit perdre courage. 11s ne soutinrent que fortpeu de tems, & tournèrent le dos, laissant beaucoup de leur monde fur-ie champ de bataille. D’abord ils fè re tir oient en assez bon ordre, maischargés en queuë par les Romains, ils rompirent bientôt leurs rangs &s’en fuirent àvauderoute jufqu’à leur camp. Ce succès augmenta l’ardeurque les Romains avoient de combattre, & ralentit beaucoup celle desCarthaginois. Cependant les armées restèrent pendant quelques jours enordre de bataille dans la plaine, fans rien faire autre chose que s’essaierles uns les autres par des escarmouches & les armés à la légère.
Scipion s’avifa alors de deux stratagèmes. Comme il fe retiroit d’or-dinaire & rentroit dans son camp plus tard qu’Afdrubal, il avoit ob-servé que ce Général mettoit ses Africains au centre, & les éléphansfur les ailes. Là dessus, le jour qu’il s’étoit proposé de combattre étantvenu, au lieu de ranger, comme il avoit coutume de faire, les Ro-mains au centre & les Espagnols aux ailes, il fit tout le contraire, &donna à ses troupes par ce nouvel ordre un grand avantage fur cellesdes ennemis.
Dès