LIVRE XI. CHAP. VI. I;y
entre les incommodités du corps, il est aisé de se précautionner contrecelles qui lui viennent du dehors, comme le chaud, le froid, la laíìì-tude ou les blessures, & y remédier quand elles font arrivées; & qu’aucontraire celle qui s’engendrent dans le corps même, telles que sontles ulcérés & les maladies, ne peuvent aisément ni se prévoir ni seguérir lorsqu’on en est une fois attaqué ; il en est de même d’uncRépublique & d’une armée. Pour peu que l’on veille k leur conser-vation , il est facile de se mettre en garde contre les mauvais des-seins de dehors, ou de les secourir quand on les attaque. Mais il est diffi-cile d’apporter remède aux maux qui se produisent au dedans d’elles-mêmes, comme aux partis, aux séditions, aux émeutes propulaires.II faut pour cela une dextérité, une adresse extraordinaire. 11 estnéanmoins une réglé qui me paroît très-propre pour maintenir lesarmées, les Républiques & les corps en bon état, c’est de ne paslaisser les hommes dans un repos & une oisiveté trop longue , sur-tout lorsqu’ils sont dans la prospérité & qu’ils jouissent avec abondan-ce de toutes les commodités de la vie.
Pour arrêter les suites que cette sédition pouvoit avoir, Scipion, quik une extrême vigilance joignoit beaucoup d’adresse & d’activité, s’a-vifa de cet expédient. II fut d’avis que l'on promît aux soldats qu’onleur paieroit leur solde, & asm qu’ils ne doutassent point de la íincéritésoe cette promesse, qu’on levât avec éclat & en diligence les taxes quiavoient été pour cet effet imposées aux villes, voulant par-là leur fairecroire que ces levées ne se faisoient que pour les paier. II voulut en-core que les sept Tribuns qu’il avoit déja envolés aux soldats révoltés,y retournassent pour les exhorter de rentrer dans leur devoir, & de ve-nir k lui pour recevoir leur solde en corps, s’ils le jugeoient k propos,ou chacun en particulier. Cet avis aiant passé, il ajouta que le tems <Seles conjonctures apprendraient ce qu’il restoit k faire. Toutes les me-sures ainíi prises, on donna tous ses soins k amasser de l’argent. Dèsque les Tribuns eurent exécuté Tordre qu’ils avoient reçu, & que Sci-pion en eut été averti, il assembla son conseil pour délibérer sur le par-ti qu’il y avoit k prendre : tous convinrent qu’il falloit fixer le jour quechacun devoit se trouver auprès du Général, & quand tout le mondeserait arrivé, qu’on accorderait une amnistie k la multitude, mais queles mutins seraient punis avec sévérité. Ces mutins étoient au nom-bre de trente - cinq.
Le jour venu & les séditieux approchant de la ville, tant pour obte-nir le pardon de leur faute , que pour recevoir leur solde , Scipiondonna secrètement ordre aux sept Tribuns d'aller au-devant d’eux, deprendre chacun des auteurs de la sédition, de leur faire beaucoup d’a-mitiés, de les inviter k loger avec eux, ou, si cela ne se pouvoit pas,du moins à prendre avec eux leurs repas. Trois jours auparavant, il
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