i$o HISTOIRE DE P O L Y B E,
nom d’IIistoire ne lui soit donné à juste titre; mais elle est indigne dece nom, lorsque la vérité ne s’y trouve pas. Pour moi je stìis per-suadé que la vérité est ce qu’un Historien doit principalement avoiren vue. J’ai dit même quelque part dans cet Ouvrage qu’une Histoi-re fans vérité étoit comme un animal fans yeux, parfaitement mutile.Mais je crois en même tems que l'on doit distinguer deux sortes defausseté, Tune qui vient de l'ignorance de la vérité, l’aucre qui se ditde propos délibéré; que celle-ci est la chose d u monde la plus odieuse& la plus haïssable, mais qu’il faut excuser ceux qui ne s’écartent de lavérité, que parce qu’elle ne leur étoit pas connue.
CHAPITRE IV,
Timéc ne mérite aucune créance ni sur Democharés ni furAgathocles , Tyran de Syracuse.
(~)Uand des personnes sensées veulent tirer vengeance de leurs^ ennemis , la première chose qu’ils examinent n’est pas ce queleurs ennemis méritent qu’on leur fasse, mais ce qu’il leur convient àeux-mêmes de faire. Ou doit tenir la même conduite lorsqu’on adu mal à dire de quelqu’un. II faut d’abord prendre garde non àce que nos ennemis font dignes d’entendre , mais à ce qu’il nouslied de leur dire. Car quand on ne fuit alors que les mouvemensde la colère ou de la haine, les excès font inévitables.
C’cst la raison pour laquelle nous feroçs bien de ne pas ajouterfoi aux choses que Timée rapporte contre Democharés. II n’est encette occasion ni excusable ni croiable. Son caractère médisant s’yfait trop sentir, & le jette trop visiblement au-delà des bornes de labienséance. Je ne m’en fie pas plus à cet Historien fur le chapitred’Agathocles; je veux que ce Tyran ait porté simpiété jusqu’à soncomble, mais Timée devoit-il pour cela dire à la si n de son Histoi-re qu’Agathocles, dès fa plus tendre jeunesse, se prostituoit au premiervenu & s’abandonnoit aux plus outrés débauchés, que c’étoit ungeai, une buse qui se livroit à quelque infamie que l’on demandâtde lui, & que quand il mourut sa femme s’écrioit fondant en larmes:
-que ne vous ai-je pas ?.... Que ne m’avez-vous pas ?_ Qui ne sent
point ici cette passion de médire dont nous parlions tout à l’heure,ou plutôt qui ne íera surpris de l'excès où cette passion a jetté cet His-torien? Car les faits qu’il raconte lui-même d’Agathocles font con-noître que la nature en avoít fait un grand homme. Pour quitterla roue, la fumée &l’argile où il étoit destiné par fa naissance, aller
à l'à-