154 HISTOIRE DE POLYBE,
mille. De là on voit que lorsqu’Alexandre mit son armée fur seize dehauteur, il fàlloit que le terrain fût de vingt stades; & cependantil lui restoit encore à poster toute sa cavalerie & dix mille fantas-sins.
11 ajoute que quand Alexandre fut à quarante stades des ennemis,il mena contre eux son armée de front. On auroit peine à imaginerune plus grande absurdité. Car où trouver surtout dans la Cilicie uneplaine de vingt stades de largeur, & longue de quarante stades: Oril n’en faut pas moins pour faire marcher de front une phalange arméede sairiíTès. ft d’ailleurs à combien d’embarras cette forte d’ordonnan-ce n’eit-elle pas sujette? Je ne veux pour le prouver que le témoignagemême de Callisthene, qui dit que les torrents qui se précipitent desmontagnes creusent tant d’abîmes dans la plaine, que la plupart desPerses y périrent en fui an t.
En vain diroit-il qu’Alexandre vouîoit par là faire face aux ennemisen quelque endroit qu’ils parussent. Car rien n’est moins en état de fai-re face qu’une phalange dont le front est désuni & rompu. 11 étoit beau-coup plus aisé de se ranger en ordre de marche, que de présenter defront «Sc sur une iòule ligne droite une armée éparse & divisée, «Sc de lamettre aux mains dans un terrain couvert de haies & plein de ravins.II devoit donc plutôt former deux ou quatre phalanges, à la queue lesunes des autres. On auroit pû leur trouver des passages, & il n’auroit pasfallu grand tems pour les ranger en bataille: & d’ailleurs qui empêcheqif'on ne se fasse informer par des avant-coureurs de l’arrivée des enne-mis longtems avant qu’ils soient en présence? 11 fait encore ici uneautre faute, car il mene farinée de front dans une plaine & ne fait pasmarches devant la cavalerie. Elle marche fur une même ligne avecles gens de pied.
Mais voici la plus grande de toutes les absurdités. Quand, dit-il,Alexandre fut près des ennemis, il se rangea sur huit de hauteur. IIfalloit donc de toutes nécessité que la phalange eût quarante stades delongueur. Que l'on ferre, íi l’on veut, les rangs de telle forte qu’ils setouchassent les uns les autres, il faudra toujours que le terrain qu’elleoccupoit fût long de vingt stades. Et cependant il dit qu’il n’en avoirpas quatorze, & outre cela qu’une partie étoit proche de la mer, l’au-tre partfe fur l’aîle droite, & qu’entre la bataille & les montagnes onavoit laissé un espace raisonnable pour n’être pas fous le corps qui étoitposté au pied de la montagne. II est vrai que pour couvrir l’armée con-tre ce corps, il lui en oppose un autre en forme de tenaille. Mais aussinous lui laissons pour cela dix mille hommes de pied, ce qui est plusqu’il ne demande. II s’ensuit de tout ce que nous. venons de dire queselon cet Historien la phalange avoit tout au plus onze stades de lon-gueur, «Sc par une conítquence nécessaire qu’on avoit logé dans cet