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Tome sixieme.
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LIVRE X V. C H A P. L

- 'J .

OBSERVATIONS

Sur la bataille de Zama.

§- I.

Ordre de bataille des deux armées.

C ES deux ordres de bataille font uniques & fort singuliers. Celui de S.ci-pion est très-rertiarquable & digne de l’admirácion des Sçavans dans la tacti-que , & dans l’étude de l’infanterie. Si l'on veut bien faire attention à ; cp;te. dispo-ficion dû Général Romain, on conviendra qu’il ne s’estrien pratiqué dans''l’a'nti-quité de plus merveilleux & de plus parfait dans la disposition de l’infanterie, dansPart de la faire combattre & de fe ranger.

Ce n’est pas la rule & la valeur des troupes qui décident d’unc- action si fameu-se , c’est i’intelligence, c’cst l’habileté du Général, qui connoît parfaitement la for-ce de Tinfanteríe & la méthode de la faire combattre. 1 Annibai, à qíii cette maniéréde combattre & de fe ranger étoit auparavant inconnue , pouvoir dire comme Ly-sandre, qu’il avoir été vaincu hon 1 faute de courage, hiais d’arr. L’qn peur direque cette journée est de toutes celles de l’antiquité où il fe soit passé des choses plusextraordinaires; autant dans ce qui regarde l’obstihatiori des combattáns, que dansl’art & la conduite des Généraux.

Scipion est le premier, après les Grecs; quì ait connu lá colonne & la mani.érede combattre dans cet ordre: car bien que Régulus ait présenté une ligne dë co-lonnes contre Xantippe, il ne paroît pas qu’il fe fût rangé de la forte pour enfoncerson ennemi par le poids & la pesanteur de fes cdrps & la profondeur de fes files»mais uniquement pour résister contre les éléphans: outre qu’il ne laiíla que fort peud’intervalle entre eux pour laiííër des íetraites du des pafliges fusil fans à ces animaux,il ne songea pas h profiter de l’avantage de fes corps rangés de la forte. II n’avoitdonc en vue que les éléphans, contre lesquels les corps les plus épais n’auroient ja-mais pû soutenir. L'ordonnance de Cannes étoit toute semblable à celle de Régulus,mais l’îgnorance des Chefs la rendit inutile. Par les corps qù’on tira des ailes fansnécessité, on y mît le trouble & la confusion, & les colonnes fe confondirent en fetrouvant trop près à près, le front de l’infanterie fe trouva diminué, & Annibail'enveloppa de fes ailes qui le furpasiòient. 1

II est surprenant que de tant d’IIistoriens Grecs & Latins anciens & modernes,qui ont parlé de cette bataille, aucun ne soit entré dans les raisons qui obligèrentle Général Romain de combattre fur de tels principes. II y a plus que ce quej’avance, aucun ne semble avoir compris une disposition si fçavante & si remar-quable.

Polybe, qui nous donne une description si exacte', & si nette d’une si mémorablejournée, qu’il décrit avec tout l’art d’un guerrier consommé dans les armes,loué ex-trément la disposition des deux ùrniées. II me paroît que celle du Général Romainest plus digne de fes réflexions que celle du Carthaginois. Il n’en fait pourtant aucu-

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