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Tome sixieme.
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LIVRE XV. C II A P. I. i8>

rien de semblable dans une bataille rangée en plaine rase oc pelée : la valeur, le nom-bre & l’audace désespérée combattoient d’un côté, & de l’autre Favantage de l’ordre& la science du Général: celle-ci Femporta sur le nombre. Les Romains percèrentenfin la première ligne des Carthaginois par le poids de leurs colonnes, avec tant deforce & de vigueur, qu’elle se renversa sur la seconde, qui se trouvant sans aucunsintervalles entre les corps pour recevoir les fuiards, fut mile en confusion & dans undésordre épouvantable, & enfin elle fut emportée par la foule,pressée & suivie parles victorieux.

Polybe qui fait un ample récit de cette journée, & des circonstances qui la pré-cédèrent, nous fait connoître parfaitement l’excellence de Tordre de bataille deScipion.

En combattant fur une telle disposition il n’y avoir aucune confusion, chaquecolonne agiífoit & se soutenoit indépendamment de l’autre. II falloir les briser & lesrompre totalement pour être assuré de la victoire, ce qui me paroît & m’a toujoursparu impossible dans des troupes bien disciplinées, braves, aguerries conduites pardes Officiers habiles & expérimentés. II n’y a qu’un ordre semblable qui puistè espé-rer de réussir & de soutenir Feffort d’un autre qui lui offre la même disposition, & lors-que cela arrive des deux côtés & une valeur égale, le nombre l’emporte fur le foible,comme il fùt infailliblement arrivé, si Annibal eût combattu dans cet ordre, ou qu’ileût du moins laissé des intervalles entre ses lignes,& en ce cas la supériorité du nom-bre l’eût peut-être emporté sur les Romains par la profondeur de ses files & l’audacedésespérée de ses troupes: cela seul pouvoit aider à la victoire, omdu moins les Ro-mains eussent perdu tant de monde à vaincre la première & la seconde ligne, qu’ilsn’eufiènt pas été en état de soutenir le choc contre une troisième, composée de toutce que le Général Carthaginois avoit de troupes d’élite, formées des vieilles bandesqu'il avoit amenées d’Italie.

■J’ai dit plus haut, & particulièrement dans mon Traité de la Colonne, qu’il n’y aqu’un corps d’infanterie rangé de la forte qui puistè en combattre un autre formé furce principe & par conséquent une ligne rangée en phalange sur dix ou douze de pro-fondeur , comme pouvoient être celles d’Annibal, étoit trop foible pour résister con-tre les colonnes de Scipion, bien ordonnées & en état de charger avec plus de force,de légèreté & d’égalité que la phalange ne pouvoit faire.

Scipion ne fongeoit qu’à vaincre la première ligne, ce qui lui suffisoic pour êtreassuré de la déroute des deux autres.

Une phalange ou une ligne fans intervalles doit agir uniformément fur une lignedroite, c’est-à-dire fans flottement & tout d’une pièce, de peur qu’en donnant le moin-dre jour elle ne tombe dans le désordre ;au lieu que les colonnes séparées les unes desautres ne font sujettes à aucun de ces dcfauts-là, elles se meuvent fans peine & con-servent parfaitement leur ordre ; & lorsqu’une d’entre elles s’est ouvert un pafíàge autravers d’une ligne,qu’elle fe partage en deux,ou qu’une section avance en-delà pourfaire tête à une seconde, & que l’autre choque de flanc ou de pointe à droit ou àgauche, il n'est pas possible qu’on puistè y résister ni y remédier le moins du monde,sinon par un ordre semblable.

On pourroit peut-être m’objecter contre l’ordonnance de Scipion, qu’Annihal su-roît pû Fembarasser & defordonner ses colonnes, s’il eût ouvert pendant le combatle nombre des files qui ne combattoient pas, & qui se trouvoient vis-à-vis l’espace deces colonnes, que ces files coulant & s’enchâstànt entre ces espaces elles les eussentprises en flanc.

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