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Tome sixieme.
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LIVRE XV. CHAP. I. 189

voir même la disposition du Général Romain, jusqu’alors inconnue, Sc d’en démêlerle mouvement, qui suivit d’un moment le combat.

Rien ne marque plus l’adresse,l'expérience Le l’habileté d’un Général d’armée,qnede sçavoir bien cacher sesmouvemens & la disposition de son ordre de bataille,'Sc sonpeut dire qu'il est de deux Généraux comme de deux joueurs, dont celui qui ne cou-vre point son jeu donne prise Sc avantage à l’autre ; au lieu que celui qui (çait le ca-cher vient plus sûrement à bout de la partie.

Parmi les belles St grandes qualités de Scipion pour la guerre, il excelloit particu-lièrement dans celles de cacher la connoisiànce de ses mouvemens- Sc de son ordre debataille.

On peut remarquer dans toute fa conduite qu’il s’éloigna presque toujours dela commune opinion de la tactique des armées, qu’il s’écarta presque toujours des ma-ximes communément reçues. Ses mouvemens Sc ses évolutions générales croientsi simples, si légéres Sc si nouvelles, qu’on ne pouvoit s’en appercevoir que lorsqu’iln’y avoit plus de moien de changer Sc de se mouvoir sans un danger Sc uneperte assurée.

Annibal vit avec étonnement se première ligne dans une entière déroute, Sc fortpeu après la seconde, dont la défaite vint uniquement des fuiards,qui la renversèrent& l'enveloppérent eux-mêmes dans leur désordre, Sc ainsi pêle-mêle ils fuirent à tra-vers dans la plaine avec tout le trouble Sc la confusion de gens qu’on taille en pièces.

Iln’étoit pas difficile à Annibal de réparer au plutôt le désordre de fa première ligne,lorsqu’il s’apperçut qu’elle commençoit à plier: car fans parler des espaces qu’il pou-voit ouvrir à lit seconde ligne pour donner paíîàge aux fuiards en poussant en arriére uncertain nombre de files, il avoit deux moiens plus aísûrés, si la tete nc- lui eût tour-né. Qu’avoit-il fait alors de son esprit, de son bon sens Sc de son expérience? Ildevoir bien prévoir que la défaite de la première entraìneroit insensiblement celle dela seconde. Elle lui devenoit donc inutile. 11 eut tout le tems de taire cette réflexionSc de donner ses ordres. Pourquoi ne le sit-il pas? Un esprit médiocre l’eût pù faire.

Les choies étant en ces termes, il n'avoit plus d’autre resiòurcc- que dans une gran-de résolution. 11 pouvoit ouvrir en deux sa seconde ligne,lorsqu’il s’apperçut du mau-vais état de se. première, Sc étendre les ailes de telle forte, que laissant un libre passa-ge aux fuiards, il enveloppoit totalement les Romains à leurs ailes, & íc jettoit furleurs lianes Sc fur leurs derrières, pendant que fa troisième, qui étoit toute fraîche,eût marché pour remplacer la première , Sc de cette maniéré les Romains se sussentvus attaqués- de front Sc de tous les côtés; il les eût trouvé fatigués Sc recrus d’uncombat fort opiniâtre; ce qui pouvoit lui donner la victoire, malgré la défaite de sa-cavalerie, que Lteiius Sc MaffiniíTà pourfuivoient sottement Sc sans jugement.

Je dis plus, il pouvoit encore sauver sa seconde ligne, lorsque la première fut dé-faite. .Le combat y fut longtems douteux, il eût pu-le servir de ce moment,Sc par-tageant sa troisième de la même maniéré que j’ai dit qu’il pouvoit faire à sa seconde.

Sa première Sc sa seconde ligne aiant été renversées Sc miles en déroute, Annibal,.qui étoit à fa troisième, vit avancer cette nuée de fuiards, fans qu’il lui fût déformaispossible de remédier h un mal qui venoit purement de lui Sc de la mauvaise dispositionde son ordre de bataille, Sc non pas de la faute de ses soldats,qui furent plutôt trom-pés que vaincus.

Les Romains, qui étoient bien ordonnés, preílànt Sc chassent ces fuiards devanteux,les jettérent fur la troisième ligne; ce qui produisit plusieurs événemens: car onïttaquoìt aux endroits où i’ennemi s’en étoit débarassé,. De l’autre part les Car-

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