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Tome sixieme.
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ipo . HISTOIRE DE P O L Y B E,

thaginois dans la crainte d’être rompus par leurs propres gens, les traitèrent en enne-mis , baissèrent leurs piques ‘fur eux, & les rejettérent fur les Romains pour s’ouvrirun paílàge fur eux & les joindre.

Le combat fut vif & obstiné à cette troisième ligne, & le succès fort balancé,lors-que Ltelius & Massmisià parurent revenant de la chaise de la cavalerie qu’ils a voientbattue.

Ce secours ralluma f ardeur & le courage des Romains, qui enfoncent cetteligue composée de troupes d’élite, & enveloppée de toutes parts, & la taillenten pièces.

Lxlius & Massiniflà sirentune faute grossière, & fort ordinaire à ceux qui Réchauf-fent avec trop d ardeur s poursuivre fennemi, au lieu de détacher feulement quc-lquestroupes après les fuiards,pendant que le reste tombe fur salle. Cette faute a causé laperte de plusieurs batailles, & les Généraux ne íçauroient être trop attentifs à donnerleurs ordres la-dessus.

La fortune peut bien dérober la victoire aux plus grands Capitaines, mais non pasla gloire qu’ils méritent, lorfqu’ils ont fait tout ce qui dépend du courage & del’habiicté; mais je ne vois pas que le Général Carthaginois ait rien fait ici quipuisse mériter les éloges & l’admiration des gens qui ont quelque connoiflànce dans laguerre.

Annibal étoit supérieur en infanterie, on ne fçauroit le révoquer en doute, com-me je l’ai dit, & cela ne peut être autrement, puilque les deux armées combattirentfur un front égal, & que les Carthaginois fe formèrent fur trois lignes en pha-lange , & c’tll peut-être fur cette égalité de front entre les deux armées que Polybel’entcnd.

Annibal eût encore pu fe former fur un plus grand front,en combattant même furtrois lignes & déborder bien au-delà les ailes des Romains,s’il eût feulement laissé desintervalles à fes deux dernières pour recevoir les fuiards. Par ce moien la secondeeût pû recommencer un nouveau combat. La troisième, composée de ses meilleurestroupes, eût succédé aux deux autres.

S’il eût bien pensé à ce qu’il pouvoit faire & pris des mesures justes, il fe fût apper-çu de l’inutilité de fa troisième ligne par l’imperfection des deux autres. II pouvoit,par ce que j’ai dit, sauver fa cavalerie d’une entière dc-faice: car outre qu’il pouvoitdéborder les Romains,ne pouvoit il pas entremêler fa cavalerie de fes armés à la légè-re , qui lui surent inutiles? Cette méthode ne lui étoit pas inconnue. Que dirai-jeencore? II avoit mille rnoiens qui lui échappèrent, il eût pû cacher un corps d’in-fanterie derrière les ailes de son infanterie pour tourner fur les flancs de celles des Ro-mains. II s’étoit servi de cette ruse à la bataille de la Trébie. II n’y avoit rien demieux pensé que cet expédient, parmi tous ceux que j’ai dit; d’où vient qu’il n’enemploia aucun? Enfin il ne sit rien de ce qu’il pouvoit faire, il fut battu, & il de-voit l’être.

Polybe, Tite-Live, & un grand nombre d’Auteurs fort éclairés parmi les moder-nes, ne peuvent s’empêcher d’admirer la merveilleuse disposition d’Annibal dans cettebataille: passe pour Tite-Live, & pour ces derniers ils n’ont pas cru devoir fe mor-fondre à faire l’analyfe de ces deux ordres de bataille. Ils ont suivi le sentiment géné-ral fans pénétrer plus loin; mais que Polybe, qui étoit un homme judicieux, grandHistorien, & tout ensemble un excellent homme de guerre ; que Polybe, dis-je, soitle premier qui ait été de ce sentiment/, & qu’il ait donné le branle à celui de tous lesautres, voilà ce qui me surprend. Seroit-ce en vue de relever la gloire de Scipion,