LIVRE XV. C II A P. II. ujq
j, remsttroient tous les prisonniers de guerre & les fuiards qu’ils avoient„ pris en quelque tems que ce fut ; qu’ils leur abandonneroient tous3 , leurs longs vaisseaux, à Texception de dix galères; qu’ils leur livre-„ roient tous leurs éltphans ; qu’ils ne feroient aucune guerre ni au de-„ hors ni au dedans de 1 A trique fans Tordre du peuple Romain; qu’ils„ rendroient à Malììnissa les maisons, terres, villes & autres biens qui3, lui avoient appartenu ou à ses ancêtres dans toute l’étendué du pais3, qu’on leur montreroit; qu’ils fourniroient de vivres Tarmée Romaine„ pendant trois mois; qu’ils paieroient fa solde jusqu’à ce que Ton .eut„ reçu réponse des Romains fur les articles qui leur avoient été envoies;„ qu’ils donneroient dix mille talens d’argent en cinquante ans , en„ paiant chaque année deux cens talens d’Eubée; que pour assurance3, de leur fidélité ils donneroient cent otages que le Consul choiíiroit„ dans leur jeunesse, depuis Quatorze ans jusqu’à trente.
La lecture de ces articles achevée, les Ambassadeurs partirent au plu-tôt pour Carthage, & en firent part au Sénat. Pendant qu’ils parloient,un des Sénateurs, qui n’en étoit pas content, aiant commencé à fe dé-clarer, An ni bal, dit-on, s'avança, saisit le personnage & le jetta horsde son liège. Comme toute la compagnie paroissoit indignée d’une ac-tion fi contraire au respect dû à un Sénateur, Annibal fe léve & dit qu’ilétoit excusable s’il eommettoit quelque faute contre les usages, que l’onfavoit qu’il étoit sorti de fa patrie dès l’àge de neuf ans, & qu’il n’y é-toit revenu qu’après plus de trente -íix ansd’abfence; que Ton ne prît pasgarde s’il péchoit contre la coutume, mais s’il prenoit, comme il devoit,les intérêts de la patrie. Que c’étoit pour les avoir eus à cœur qu’il é->toit tombé dans la faute qu’on lui reprochoit; qu’il lui paroissoit surpre-nant & tout-à-fait extraordinaire, qu’unCarthaginois instruit de ce quel’Etat en général & chaque particulier avoit entrepris contre les Romains,ne rendît pas grâces à la fortune, de ce qu’êtant. tombé en leur puissan-ce il en étoit traité si favorablement : que si quelques jours avant la ba-taille on eût demandé aux Carthaginois quels maux la République au-roit à souffrir en cas que les Romains remportassent la victoire, ils n’au-roient pû les exprimer, tant ils leur auroient paru grands & formida-bles : qu’il demandoit en grâce que Ton ne délibérât pas fur ces arti-cles , qu’on les reçût avec joie, que Ton fit des sacrifices aux Dieux, &qu’on les priât tous de faire en forte que le peuple Romain ratifiât leTraité. On trouva cet avis très-sensé & tout-à-fait convenable aux in-térêts de l’Etat; on résolut de faire la paix aux conditions proposées,& fur le champ le Sénat fit partir des Ambassadeurs pour la conclure.
Tome FI.
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