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Tome sixieme.
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L I V R E XV. CHAP. IV.

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CHAPITRE IV

Mauvaise soi de Philippe à P égard des Cianiens,

S I les Cianiens font tombés dans de íî grandes calamités, ils nedoivent pas s en prendre à la fortune, lis n’ont pas même k íèreprocher de íè les être attirées par quelque injustice à l’égard de leursvoisins. Leur imprudence & leur mauvaise politique en est; feule lacause. Pour envahir les biens les uns des autres, quand on n’éléveaux premières dignités que ce que l'on a de plus mauvais citoiens, &que l’on respecte leurs dédiions jufqu’à maltraiter ceux qui s’y oppo-sent , c'eft íè précipiter foi-même & de plein gré dans les plus grandsmaux. C’eft cependant une faute que l’on voit tous les jours commet-tre, fans qu’on ouvre les yeux fur une conduite st irréguliere, fans femettre tant soit peu fur ses gardes, fans entrer dans la moindre défian-ce. L’on peut dire qu’en cela certains animaux font plus sages que leshommes. On ne les méne pas aiícment où ils ont eu quelque peine àfe défendre d’un appas, ou à fe dégager d’un filet. C’est aise z mê-me qu’ils aient vû un autre animal en péril dans un endroit, pour quecet endroit leur fsit suspect & qu’ils íè défient de tout ce qui fe pré-sente à leurs yeux. Les hommes ne prennent pas tant de précautions.Quoiqui’ls aient entendu dire, quoiqu’iîs voient que des Etats fe per-dent par le mauvais choix qu’on fait des Chefs, on n’a qu’a lesflatter de l’efpérance de 8'agrandir au préjudice d’autrui, d’abord ilsmordent sottement à l’hameçon ; comme s’ils ne fçavoient pas quepersonne n’y a mordu fans y trouver fa perte, & que cette politi-que a toujours été funeste à quiconque s’en est servi.

Lorsque Philippe fe fut rendu maître de la ville des Cianiens, fa joiefut extrême. 11 croioit avoir fait la plus belle & la plus mémorablede toutes les actions, aiant secouru Prusias íbn gendre , épauvan-té ceux qui avoient quitté son parti, & aquis légitimement une gran-de quantité d’efclaves & d'argent. Bien des raisons dévoient le dé-tromper ; mais il ne les vit pas, quoiqu’elles fautassent aux yeux.Premièrement il venoit au secours d’un gendre, qui loin d’avoir étémaltraité, a volt usé de mauvaise foi. En second lieu , en faisantinjustement souffrir à une ville Gréque les maux les plus horribles, ilconfirmoit les peuples dans Fopinion qu’ils avoient de la cruauté aveclaquelle il traitoit ses alliés , & il ne falioit que ces deux chcfespour le faire passer pour un homme fans respect pour les Dieux.D’ailleurs c’étoit faire une insulte atroce aux Ambassadeurs de ces

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