2Z2 HISTOIRE DE P O L Y B E,
bat joignoient les leurs à ceux des combattans, jamais spectacle ne futplus terrible & plus effraiant. L’aîle droite de Philippe avoit visible-ment tout Pavantage. Le poste élevé d’où elle combattrait, le poids deson ordonnance, Pexcellence de ses armes, tout cela lui donnoit unegrande supériorité. A Pégard du reste de l’armée Macédonienne, unepartie à la suite des combattans se tenoit à quelque distance de Penne-mi, & Paîle gauche, qui ne saisoit que d’arriver, se montroít sur leshauteurs. Déja les Romains avoient peine à soutenir le choc dela phalange, déja une partie de Paîle gauche avoit été taillée en pièces& Pautre prenoit la suite. Flaminìus, pour remédier à ce désordre,courut au plus vîte-à Paîle droite, qui feule pouvoit être de quelqueressource. Lk il voit qu’entre les ennemis, les uns se joignoient auxcombattans, les autres décendoient des montagnes, & quelques autresse tenoient sur le sommet; sor le champ il place les éléphans à la têtede fa ligne & marche à Pennemi. Les Macédoniens alors fans chefqui leur donnât le lignai, & ne pouvant se ranger en phalange, tant àcause de la disposition du terrain qui ne lui étoit pas propre, que par-ce que suivant ceux qui combattoient, ils étoient plutôt en ordre demarche qu’en ordre de bataille, lâchèrent le pié, rompus Tailleurs parles éléphans, & prirent la fuite à rapproche des Romains, dont la plu-part se mirent à leurs trousses «St ne firent quartier à aucun.
En cette occasion un Tribun qui n’avoit pas avec lui plus de•vingt compagnies, fit un mouvement qui contribua beaucoup à lavictoire. Voiant que Philippe fort éloigné du reste de Parmée pres-soit vivement Paîle gauche des Romains, il quitte la droite où ildtoit, & qui certainement victorieuse n’avoit nul besoin de son se-cours, marche vers les combattans, arrive fur leurs derrières, & les«charge de toutes ses forces. Or tel est l’ordre en phalange, qu’onne peut ni se .tourner, en arriére, ni combattre d’homme à homme.Le Tribun enfonce donc toujours en tuant à mesure qu’il avançoit,& les Macédoniens ne pouvant eux-mêmes íè défendre jettent leurs-armes «Sc prennent la fuite. Le désordre fut d’autant plus grand, queceux des Romains qui avoient plié s’étant ralliés étoient venus en mê-me tems attaquer en froqt la phalange.
Philippe, qui d’abord jugeant du reste de la bataille par Pavantagequ’il remportoit de son côté, comptoit fur une pleine victoire, lorf-qu’il vit íès soldats jetter leurs armes & les Romains fondre fur euxpar les derrières, il s’éloigna un peu du champ de bataille avec quel-ques maîtres & quelques fantassins, & de là il considéra en quel étatfie trouvoient toutes choses. Et quand il s’apperçut que les Romains,qui pouriùivoient son aîle gauche, touchoient presque au sommet desmontagnes, il rassembla ce qu’il put de Thraces & de Macédoniens,