AMBASSADES DE POLYBE. 273
à lui & l’on lui fit des préíèns magnifique?. Après lui les Rhodiensreçurent les plus grands honneurs. Le jour de l’audiance venu, Eiuné-ne fut le premier introduit dans le Sénat, & on lui dit de déclareravec pleine liberté ce qu’il en souhaitoit. Le Roi répondit que s’il avoitquelque grâce à attendre d’un ami, il prendroit conseil des Romains ;de peur qu’il ne lui arrivât ou de souhaiter quelque choie contre la.justice, ou de demander au-delà de ce qu’il conviendroit: mais main-tenant que c’étoit aux Romains qu’il avoit à demander, il croioit n’a-noir rien de mieux à faire, que de remettre ses intérêts & ceux de fies•frères entre leurs mains. A ces mots un Sénateur fe léve & lui dit dene rien craindre & de s’expliquer hardiment fur ce qu’il vouloit, par-ue que l’intention du Sénat étoit de lui accorder tout ce dont il pour-roit disposer. Mais Euméne , quelque instance qu’on lui fît , refusatoujours de parler & fe retira. Le Sénat, après avoir délibéré fur cequ’il étoit à propos de faire, fut d’avis qu’on rappellàt Euméne &qu’on le pressât encore d’expliquer librement pourquoi il étoit venu,puiíqu’il íçavoit mieux que personne ce qui lui convenoit, & qu’il étoitau fait des affaires de l’Aíie. Le Roi rentra donc de nouveau dans leSénat, & quelqu’un de cette compagnie lui aiant dit ce qui venoit d’yêtre résolu, il ne put se dispenser de dire ce qu’il pensoit sur la situa-tion présente des affaires.
„ Sur ce qui me regarde en particulier, dit - il, je persiste, Pérèss , conscrits, dans la résolution que j’ai prise de vous laisser pleine li-„ berté d’en décider comme il vous plaira. Mais une chose m’inquiéte„ à l’égard des Rhodiens, & je ne puis vous la dissimuler. 11 s vien-3, nent ici non avec moins de zélé & d’ardeur pour les intérêts de leur3, patrie que j’en ai pour ceux de mon Roiaume: mais le discours qu’ils3, vous préparent donne des choses une idée bien différente de ce3, qu’elles sont en effet. 11 vous est aisé de vous en convaincre vous-3, mêmes. Car ils commenceront par vous dire 3 qu’ils ne sont venus3, à Rome ni pour vous rien demander 5 ni dans le dessein de vous por-ter le moindre préjudice, mais seulement pour obtenir de vous la li-berté des Grecs qui sont établis dans l’Asie. Ils ajouteront que cebienfait, quelque agréable qu’il doive leur être, fera encore plus„ digne de vous & de la générosité que vous avez déja euë pour les3, autres Grecs. Voilà de beaux dehors, de belles apparences, mais,, dans le fond rien n’est moins conforme à la vérité. Car si ces villesj, sont mises en liberté, comme ils vous en sollicitent, leur puissancej, en sera infiniment augmentée, & la mienne en quelque sorte anéan-„ tie. Dès qu’il fera public dans nos contrées que vous aimez que les3, villes soient libres; ce nom seul de liberté, cet avantage d’être gou-3, verne par ses propres loix soustraira de ma domination non seulement„ les peuples qui seront mis en liberté, mais encore ceux qui aupara-
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