DE CONSTANCE. Liv. I jf
LI. Le caractère de Barbe mérite bien une digression. Sigismondl’avoit épousée en secondes noces, moins par inclination que par né-cessité. Ayant été mis en prison en Hongrie après la cruelle exécu-tion de plusieurs Grands Seigneurs du Pais & entr’autres d’un Sei-gneur nommé de Garre , les deux fils de ce* dernier complotèrentcontre lui avec les autres mécontens 6c le mirent en prison. La merede ces deux Gentilshommes touchée de compassion du triste fort de•ce Monarque, & ébranlée par les promesses qu’il lui fit d’avancer sesfils, 6c d’épouser Barbe fille de Hermàn Comte de Cìlley sa procheparente, lui fit rendre íà liberté. II tint parole ; car il épousa Bar-be ^ 6c éleva les Garres aux premieres Dignitez. Tous les Historienss’accordent à donner une idée fort étrange 6c fort odieuse de cetteReine. Voici le portrait qu’en fait JEneas Sylvius , Pun des plus an-ciens Auteurs qui en ait parlé. „ Elle étoit, dit-il , d’irne noble ra-„ ce, mais d’une vie infâme. Sigismond i’avoit souvent surprise en,, adultéré, mais il n’est pas surprenant qu’un adultéré pardonnât à,, l’autre, car jamais homme ne garda moins la foi, conjugale. Barbe,, étoit d’une lubricité si insatiable, qu’elîe prévenoit les amans,bien„ loin d’attendre leurs recherches. Après la mort de son Epoux, el-„ le se retira dans une Ville de Boheme (r.), où, toute vieille qu’elle„ étoit, elle passoit les jours 6c les nuits dans les plus sales voluptez„ avec des hommes du même caractère. Elle poussoir l’extravagan-„ ce 6c la fureur jusqu’à traiter de folles les Saintes Vierges qui„ avoient souffert le martyre pour la Foi Chrétienne. Elle avoir ac-„ coutume de dire que l’hotnme n’av.oit rien à lui que le plaisir. Eî-,, le ne reconnoissoit point d'autre vie que celle-ci ,6c elle nioit l’im-„ mortalité de l’ame. Elle mourut dans cettg retraite, qui étoit le,, domicile des Hérétiques. Ces scélérats 6c abominables Prêtres des,, Huffites firent transporter son corps à Prague 6c k mirent dans le„ Tombeau des Rois de Boheme (a). *
Après s’être reposé quelques heures, il se rendit dans la Cathédraleoù le Pape, qui l’y attendoit, célébra la Messe Pontificalement,assisté par P Empereur qui étoit en habit de Diacre , c’est-à-dire,avec la Dalmatique qui est l’ornement propre des Diacres quandils lisent PEvangile , dont l’Empereur fit aussi la fonction en li-sant lui-même cet endroit de PEvangile, il vint un Edit de la partde B Empereur Auguste. Je ne sai si le Pape .tira mauvais augure decette lecture, comme quelques-uns Pont jugé. J’aurois pourtantquelque peine à le croire, car il ne pouvoit pas ignorer que c’étoitl’ufage (3) alors, quand P Empereur se trouvoit à une Méfié célébréepar le Pape ou par quelqu’un de ses Légats. (4) On avoit dressé à la
droi-
a Mets, fit la fonction de Diacre 8 c lut le même Evangile , à la Messe solemnellequ’y célébra le Légat du Pape. Bdb'm. Epìt. Rer. Boh. p. 368.
- ( 4 ) Certe description a été tirée de rhtoAtrie Vrie qui l’a fait faire à J. C. ap. Vond. Uardt a T. L p, 154. Je crains pourtant qu’il ne se trompe: car ['arrivée de Bride.
I 4 I 4 -"
Caractère ael’fmperatriceBarbe.
(a) JEn. Sylv.HÌJi. Boh. Cap,53 . & Hifl.Frider. Ilí.Imp. p.