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Traité de la noblesse et de toutes ses différentes espèces / par De La Roque
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ft} de fès différentes Espèces. 551

Relation de ses voyages * gag. 41. dit qu’en Dannemark il est défendu à un Noblede servir un autre Noble. •

La réponse qui se peut faire en général touchant cette espèce de dérogeante , estque la décadence de plufieurs Nobles familles contraint souvent ceux qui en sortent,manque de bien, de se soumettre à des services indignes de leur condition : & qu’ilfaut pardonner à ceux qui s’affujétiffent à autrui : notamment sous de grands Sei-gneurs , encore qu’ils ne soient point Princes ni Souverains. En tout cas, ils pour-roíent être relevés de cette dérogeante par Lettres du Roi, s’ils font poursuivis pourcet effet. On a vû dans le siécle dernier, le fils d’un grand Seigneur d’Esdavonieretiré en France par le désastre de sa Maison, porter l’habit &c les livrées de Laquaisà la fuite de Messire François de Montmorency Seigneur de Crévecœur, & quifut depuis rétabli dans son pays avec éclat.

Je ne sçaurois aprouver Popinion de Monsieur Hay du Châtelet, qui veut et\fes Mémoires qu’un Gentilhomme ruiné soit obligé d’avouer fa pauvreté en juge-ment, & de renoncer à fa Noblesse : n’étant , dit-il, rien de si honteux , qu’unhomme de qualité qui est réduit à une misère extrême. Et au contraire , il estd'avis qu’un Roturier qui a fait une fortune avantageuse , qu’il limite à cinquantemille écus, pourvu qu’il soit devenu riche par des voies honnêtes & légitimes, &par son industrie, fût pourvu sous le bon plaisir du Roi, de ia qualité de Noble.

■C’est un sentiment qui établit une nouvelle Jurisprudence , & qui ne peut ctre re-çue. La vie est une révolution continuelle où les uns montent de la pauvreté auxrichesses, & les autres descendent des richesses à la pauvreté. Chaque puissance, ditPlaton , descend de ses inférieurs en droite ligne, & chaque inférieur tire son ori-

f ine d’une puissance : C’est ainli que le tems 8 c la fortune ont brouillé les chosesumaines, n’y ayant rien qui soit stable au monde ; d'où il faut inférer que la No-blesse abbatue se peut relever, & celle qui est élevée par la bonne fortune peut aussitomber dans la décadence.

•CHAPITRE C X L I V.

Si l'Art de Verrerie Anoblit, on s'il déroge k U Noblejfe.

Î L y a deux fortes d’Arts, selon Aristote ; les uns sordides, Sc les autres honnê- Lîb. 3. fsAtes. II apelle honnêtes ceux qui se peuvent exercer sans gâter le corps, & fans tic.‘Corrompre la nature de l’homme : Sc il conclud qu’ils peuvent être permis à touteforte de personnes, fans déroger à leurs qualités.

Si l’on croît cet Auteur, l’on mettra la Verrerie entre les Arts sordides; parceque, dit-il, généralement-, ceux qui se servent du feu de forge en leurs ouvrages ,font tenus pour vils & déshonnêtes : son opinion étant qu’il n’y a rien qui gâteplus le corps, 8c qui corrompe davantage I’esprit que la force du feu. C’est ce quiporta les Poètes à décrire Vulcain, & ses Cyclopes, borgnes-, boiteux, contre-faits , Sc fans esprit.

Mais tous les Sçavans ne sont pas du sentiment d’Aristote sur P Art de Verrerie.

On sçait que le Verre est le premier effet de la Philosophie Chimique-, tant estiméedes Anciens, 8c qu’ils n’ont cherché l’idce ou l’exemplaire de cette pierre si dési-rée , que fur le verre ; cela se volt dans le traité de la nouvelle Lumière d’Arnaut deVilleneuve, & dans la Théorique du Testament de Raimond Lulle.}

Ils disent aussi , que si l’or est la substance la plus achevée dans les ouvrages dela nature, le verre est le plus parfait ouvrage que produise le feu. Delà vient qu’ilsspellent l’or le fils du Soleil, dont il porte le nom, & le verre le fils du feu. Ainsi Lib. t .c. 3 5 .

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