z 5 L Traité de U "Noblesse ,
quoi qu’au raport de Pline, il y ait du fable vitreux au fond du Lac Cendenia quicil au pied du Mont-Carmel, 8c que selon Josephe il s’en trouve dans une vallée en8 u ne proche du Vaisseau Béléirs ; néanmoins suivant les régies de cette Philosophie,c’est le feu enfermé dans les entrailles de la terre qu’Héraclite dit être le fondementde toutes choses, qui le produit.
Ils tirent encore l’invention de l’émaillerie, qui esl un des artifices les plus No-Lib. 34. c. blés que nous ayons de l’Art de Verrerie. Pline attribue cette invention aux an-* 7 ’ ciens Gaulois ; Ils se sont aussi rendus fort industrieux aux Ouvrages métalliques, &aux autres qui se font parle moyen du feu.
Comme le verre est un des effets de cette Noble science , 8c qu’il sert encore àune infinité d’excellens Ouvrages , peut-on dire raisonnablement que l’exercicequ’on en sait, soit un acte,dérogeant à la Noblesse?
1 L’usage du verre est très-recommandable par le plaisir & par la commodité que
nous y trouvons. Il produit au-dedans de nos Maisons la clarté du jour , & lalumière du Soleil, comme s’il n’y avoir rien au-devant ; 8c il nous garantit des in-Lib. 3. commodités de l’air, de même qu’une épaisse muraille. C’est à ce sujet que j'airemarqué dans Pline, qu’anciennement on fuioit des chambres entières de verre.£pisi. 86. Sénéque le confirme, & Vopiscus écrit que l’Empereur Aurélien avoit fait couvrirde verre les principaux apartemens de fa Maison.
II est certain que les Rois font tellement persuadés de k pureté 8c de la nettetédu verre, qu’ils cn préfèrent les vases à ceux d’or & d’argent. Ce n’est pas aussifans raison , que Pausanias a dit que les vases de verre servoient à contenir les sacri-fices qui se faisoie'nt au Temple de Jupiter en Ménale. Et c’est ce qui est apellé,Calices vitreos dans Martial.
lnleg.fi t. Les anciens Romains avoient pareillement le verre en grande recommandation. 1ff. de fupet. Leurs viandes étoient servies dans des plats de cette matière , comme l’aprend le Ju-*’ riseonsulte. M ais ce qui est bien plus remarquable , selon Claudian , c’est qu’Aï chi-na édes fit faire une Sphère admirable de verre, qui representoit à l’ccil le cours du So-leil 8c de la Lune , 8c les conversions des Astres. Ce qui n’eût pu être exécuté fi fa-cilement avec toute autre matière.
Un Ouvrage fi beau, si rare, & si curieux me fait souvenir de la cruauté de l’Em-pereur Tibère, qui fit mourir cet excellent Verrier, qui avoit l’Art de rendre le verreferme 8c malléable comme le cuivre, & dont le secret fut enseveli dans fa mort : lienest fait mention dans Pline lib. 36. c. 26. 8c dans Jean de Saresbury hb. 6. qui l’avoitapris de Pétrone.
L’Empereur Théodose qui avoit des sentimens plus nobles 8c plus généreux , con-sidèrent tellement les Verriers qu’il les honora de l’exemption & immunité de la plu-part des charges de la République ; afin de les exciter à enrichir leur profession parde belles inventions. Cela est contenu au Livre 1. du Code Théodosien , de Pri -vileqiis artifkum.
Cependant on peut dire , fi cet Art ne déroge point à la Noblesse, pourquoi quel-ques Gentilshommes de Champagne demandérent-ils autrefois à Philippes le Bel pre-mier Roi Comte de cette Province , des Lettres de dispense à cet effet ; 8c pourquoià leur exemple tous les Verriers des autres Provinces en ont-ils obtenu de semblablesdes Rois qui l’ont suivi ? Mais je n’estime pas que ces précautions aient été prises,comme si cet exercice eût été vil : au contraire ces dispenses leur ont été accordéespour le mérite de l’Art, & pour porter plus aisément les Nobles qui n’avoient pasd’autre moyen pour vivre 8c pour entretenir leurs familles, à s’adonner à ce trafic, queles Nobles néanmoins ont toujours trouvé mal séant à leur condition.
Par un Arrêt de la Cour des Aides de Paris donné l’an 1581. un Gentilhomme