ses sentiments , son génie & sa gloire
& que tous les cœurs ne sentiront pas ; il estimaitplus mille francs de patrimoine, que dix mille liv.qui lui seraient venues d’ailleurs. Jamais il ne voulutaccepter de secours d’aucun Particulier. Le Comted’Avaux lui envoya une somme considérable en Hol-lande. II la refusa. Plusieurs personnes de marquelui firent les mêmes offres ; il les remercia , 8c sechargea de la reconnoissance > sans se charger dubienfait. C’est au Public » disoit-i!, à payer ce que jefais pour le Public. II se faisoit riche, en diminuant sadépense. Son habillement étoit très-philosophique ,& sa table très-frugale. Du moment qu’il fut retiréen Hollande , il fut toujours vêtu d’un simple drapnoir. A table, il préférait, comme le bon Plutarque,les légumes 8c les fruits, à la chair sanglante des ani-maux. Ses après-dinées étaient partagées entre laconversation de ses amis , 8c la culture de son jar-din. Après avoir , le matin , arrangé une Planète,il alloit le soir cultiver une fleur. Sa santé étoit fai-ble , mais il en prenait soin sans en être esclave. Onsait combien les passions influent sur elle ; Descartesen étoit vivement persuadé , 81 il Rappliquait sanscesse à les régler. C’est ainsi que M. de Fontenelleest parvenu à vivre près d'un siécle. 11 faut avouerque ce régime ne réussit pas si bien à Descartes ;Mais , écrivoit-il un jour, au lieu de trouver le moyende conserver la vie , j'en ai trouve un autre bien plussur , c’est celui de ne pas craindre la mort . II cher-chait la solitude , autant par goût que par système.II avoit pris pour devise ce vers d'Ovide: béni quilatuit , béni vixit. Vivre caché, c’est vivre heureux ;