102 E E l’ £ S P il I T UES X O 1 S ,
de connoître, qu’il n’auroit des connoissances. Ilest clair que ses premières idées ne seraient pointdes idées spéculatives ; il songeroit à la conserva-tion de son être avant de chercher l’origine deson être. Un homme pareil ne sentiroit d’abordque sa foiblesse 3 ; sa timidité seroit extrême ; et,si l’on avoit là-dessus besoin de l’expérience, loira trouvé dans les forêts des hommes sauvages a :tout les fait trembler , tous les fait fuir.
Dans cet état, chacun se sent inférieur; à peinechacun se sent-il égal. On ne chercheroit doncpoint à s’attaquer, et la paix seroit la premièreloi naturelle h
Le désir que Hobbes donne d’abord aux hom-mes de se subjuguer les uns les autres 5 , n’est pasraisonnable. L’idée de l’empire et de la domina-tion est si composée , et dépend de tant d’autresidées , que ce ne seroit pas celle qu’il auroitd’abord.
Hobbes demande pourquoi , si les hommesne sont pas naturellement en état de guerre, ilsvont toujours armés; et pourquoi ils ont des clefspour fermer leurs maisons. Mais on ne sent pasque l’on attribue aux hommes avant l’établisse-ment des sociétés ce qui ne peut leur arriverqu’après cet établissement, qui leur fait trouverdes motifs pour s’attaquer et pour se défendre.
a Témoin le sauvage qui fut trouvé dans les forêts deHanover, et que l’on vit en Angleterre sous le règne deGeorge I.