LIVRE II, CHAI’. II.
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Sans doute que , lorsque le peuple donne sessuffrages, ils doivent être publicset ceci doitêtre regardé comme une loi fondamentale de ladémocratie. Il faut que le petit peuple soit éclairépar les principaux, et contenu par la gravité decertains personnages. Ainsi , dans la républiqueromaine, en rendant les suffrages secrets, on dé-truisit tout; il ne fut plus possible d’éclairer unepopulace qui se perdoit. Mais, lorsque dans unearistocratie le corps des nobles donne les suf-frages b , ou dans une démocratie le sénat c ; commeil n’est là question que de prévenir les brigues,les suffrages ne sauroient être trop secrets.
La brigue est dangereuse dans un sénat ; elleest dangereuse dans un corps de nobles : elle nel'est pas dans le peuple, dont la nature est d’agirpar passion. Dans les états où il n’a point de partau gouvernement , il s’échauffera pour un acteur,comme il auroit fait pour les affaires. Le mal-heur d’une république, c’est lorsqu’il n’y a plusde brigues ; et cela arrive lorsqu’on a corrompule peuple à prix d’argent : il devient de sangfroid, il s’affectionne à l’argent, mais il ne s’affec-tionne plus aux affaires : sans souci du gouverne-ment et de ce qu’on y propose, il attend tranquille-ment son salaire.
a A Athènes, on levoit les mains.
h Comme à Venise.
c Les trente tyrans d’Athènes voulurent que les suffragesdes aréopagites fussent publics , pour les diriger à leur fantaisie.Lysius, orat. contra Agorat. cap. VIII.