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Tome premier.
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LIVRE II, C H A P. IV.

12 J

il vouloit ôter les rangs intermédiaires et anéantirles corps politiques : il dissolvoit a la monarchiepar ses chimériques remboursements, et sembloitvouloir racheter la constitution même.

Il ne suffit pas qu'il y ait dans une monarchiedes rangs intermédiaires, il faut encore un dépôtde lois. Ce dépôt ne peut être que dans les corpspolitiques, qui annoncent les lois lorsqu’elles sontfaites , et les rappellent lorsqu’on les oublie.L’ignorance naturelle à la noblesse, son inatten-tion , son mépris pour le gouvernement civil,exigent qu'il y ait un corps qui fasse sans cesse sortirles lois de la poussière où elles seroient enseve-lies. Le conseil du prince n’est pas un dépôt con-venable : il est, par sa nature , le dépôt de la vo-lonté momentanée du prince qui exécute , et nonpas le dépôt des lois fondamentales 16 . De plus,le conseil du monarque change sans cesse ; il n’estpoint permanent ; il ne sauroit être nombreux ; iln’a point à un assez haut degré la confiance dupeuple : il n’est donc pas en état de l’éclairer dansles temps difficiles, ni de le ramener à l’obéissance.

Dans les états despotiques , où il n’y a pointde lois fondamentales , il n’y a pas non plus dedépôt I7 . De là vient que, dans ces pays , la re-ligion a ordinairement tant de force : c’est qu’elleforme une espèce de dépôt et de permanence :et , si ce n’est pas la religion , ce sont les coutumesqu’on y vénère, au lieu des lois.

a Ferdinand, roi d’Aragon, se fit grand-maître des ordres,et cela seul altéra la constitution.