DE l'esprit des lois,
Il n’y a rien que l’honneur prescrive plus àla noblesse que de servir le prince à la guerre 11 :en effet, c est la profession distinguée, parce queses hasards, ses succès, et ses malheurs même ,conduisent à la grandeur. Mais, en imposantcette loi, l’honneur veut en être l’arbitre ; et, s’ilse trouve choqué, il exige ou permet qu’on seretire chez soi.
Il veut qu’on puisse indifféremment aspireraux emplois , ou les refuser , il tient cette libertéau-dessus de la fortune même.
L’honneur a donc ses règles suprêmes, et l’édu-cation est obligée de s’y conformer a . Les prin-cipales sont qu’il nous est bien permis de faire casde notre fortune, mais qu'il nous est souveraine-ment défendu d’en faire aucun de notre vie 11 .
La seconde est que, lorsque nous avons étéune fois placés dans un rang, nous ne devons rienfaire ni souffrir qui fasse voir que nous nous tenonsinférieurs à ce rang même.
La troisième , que les choses que l’honneurdéfend sont plus rigoureusement défendues, lorsqueles lois ne concourent point à les proscrire ; et quecelles qu’il exige sont plus fortement exigées, lorsqueles lois ne les demandent pas.
a On dit ici ce qui est, et non pas ce qui doit être : l’hon-neur est un uréjtigé que la religion travaille, tantôt à détruire,tantôt à régler.