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Tome premier.
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DI L ESPRIT DES LOIS,

Dans les monarchies et les états despotiquespersonne n’aspire à l’égalité ; cela ne vient pasmême dans l’idée ; chacun y tend à la supériorité.Les gens des conditions les plus basses ne désirentd’en sortir que pour être les maîtres des autres.

Il en est de même de la frugalité : pour l’aimer,il faut en jouir. Ce ne seront point ceux qui sontcorrompus par lçs délices qui aimeront la vie fru-gale ; et si cela avoit été naturel et ordinaire,Alcibiade n’auroit pas fait l’admiration de l’uni-vers Ce ne seront pas non plus ceux qui en-vient ou qui admirent le luxe des autres, qui ai-meront la frugalité ; des gens qui n’ont devant lesyeux que des hommes riches, on des hommesmisérables comme eux , détestent leur misère,sans aimer ou connoître ce qui fait le terme de lamisère.

C’est donc une maxime très-vraie que, pourque l’on aime l’égalité et la frugalité dans unerépublique, il faut que les lois les y aient établies.

CHAPITRE V.

Comment les lois établissent l’égalité dans la démo-cratie,

C^ULLquES législateurs anciens, comme Lycurgueet llomulus , partagèrent également les terres.Cela ne pouvoit avoit lieu que dans la fondationd’une république nouvelle ; ou bien lorsque l’an-cienne étoit si corrompue et les esprits dans une