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Tome premier.
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i8o DE l’ esprit des lois,

La première inégalité se trouve principalementlorsque les privilèges des principaux ne sont ho-norables que parce qu’ils sont honteux au peuple.Telle fut à Rome la loi qui défendoit aux patri-ciens de s’unir par mariage aux plébéiens 3 ; ce quin’avoit d’autre effet que de rendre, d’un côté,les patriciens plus superbes, et, de l’autre, plusodieux. Il faut voir les avantages qu’en tirèrentles tribuns dans leurs harangues.

Cette inégalité se trouvera' encore, si la condi-tion des citoyens est différente par rapport auxsubsides ; ce qui arrive de quatre manières : lors-que les nobles se donnent le privilège de n’enpoint payer ; lorsqu’ils font des fraudes pour s’enexempter b ; lorsqu’ils les appellent à eux sousprétexte de rétributions ou d’appointements pourles emplois qu’ils exercent ; enfin quand ils ren-dent le peuple tributaire , et se partagent les im-pôts qu’ils lèvent sur eux. Ce dernier cas est rare;une aristocratie, en cas pareil, est le plus dur detous les gouvernements.

Pendant que Rome inclina vers l’aristocratie,elle évita très-bien ces inconvénients. Les magis-trats ne tiroient jamais d’appointements de leurmagistrature. Les principaux de la républiquefurent taxés comme les autres ; ils le furent mêmeplus, et quelquefois ils le furent seuls. Enfin,

a Jïlle fut mise par les décemvirs dans les deux dernièrestables. Voyez Denys d’Haiicarnasse, liv. X.

b Comme dans quelques aristocraties de nos jours : rienn’affaiblit plus l’état.