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Tome premier.
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LIVRE V , CHAI’. VIII. 1S1

bien loin de se partager les revenus de l’état, toutce qu’ils purent tirer du trésor public, tout ce quela fortune leur envoya de richesses, ils le distri-buèrent an peuple 33 pour se faire pardonner leurshonneurs a .

C’est une maxime fondamentale , qu’autantque les distributions faites au peuple ont de per-nicieux effets dans la démocratie, autant en ont-elles de bons dans le gouvernement aristocratique.Les premières font perdre l'esprit de citoyen, lesautres y ramènent.

Si l’on ne distribue point les revenus au peuple,il faut lui faire voir qu’ils sont bien administrés :les lui montrer , c’est en quelque manière l’enfaire jouir. Cette chaîne d’or que l’on tendoit àVenise, les richesses que l’on portoit à Romedans les triomphes , les trésors que l’on gardoitdans le temple de Saturne , étoient véritablementles richesses du peuple 34 .

Il est sur-tout essentiel, dans l’aristocratie, queles nobles ne lèvent pas les tributs. Le premierordre de l’état ne s’en mêloit point à Rome ; onen chargea le second, et cela même eut dans lasuite de grands inconvénients. Dans une aristo-cratie où les nobles leveroient les tributs, tous lesparticuliers seroient à la discrétion des gens d af-faires ; il n’y auroit point de tribunal supérieurqui les corrigeât. Ceux d’entre eux préposés pourôter les abus, aimeroient mieux jouir des abus. Les

a Voyez dans Strabon, livre XIV, comment les Rhodicnsse conduisirent à cet égard.