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Tome premier.
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LIVRE V, C H A P. V I I I.

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l’orgueil de la domination. Il faut qu’il y ait,pour un temps ou pour toujours, un magistratqui fasse trembler les nobles , comme les éphoresà Lacédémone, et les inquisiteurs d'état à Venise;magistratures qui ne sont soumises à aucunes for-malités. Ce gouvernement a besoin de ressortsbien violents : une bouche de pierre a s’ouvre àtout délateur à Venise ; vous diriez que c’est cellede la tyrannie 36 .

Ces magistratures tyranniques dans l’aristo-cratie ont du rapport à la censure de la démo-cratie 37 , qui, par sa nature, n’est pas moins in-dépendante. En effet, les censeurs n’y doiventpoint être recherchés sur les choses qu’ils ont faitespendant leur censure ; il faut leur donner de laconfiance, jamais du découragement. Les Romainsétoient admirables ; on pouvoit faire rendre à tousles magistrats b raison de leur conduite , exceptéaux censeurs 0 .

Deux choses sont pernicieuses dans l’aristo-cratie ; la pauvreté extrême des nobles, et leursrichesses exorbitantes. Pour prévenir leur pau-vreté , il faut sur- tout les obliger de bonne heureà payer leurs dettes. Pour modérer leurs richesses,

a Les délateurs y jettent leurs billets.

b Voyez Tite-Live , liv. XLIX. Un censeur ne pouvoit pasmême être troublé par un censeur : chacun faisoit sa note sansprendre l’avis de son collègue; et quand on fit autrement, lacensure fut pour ainsi dire renversée.

c A Athènes, les légistes , qui faisoient rendre compte à tousles magistrats, ne rendoieut point compte eux-mêmes.