LIVRE VI, C II A P. II. 219
En Turquie, où l'on fait très-peu d’attentionà la fortune, à la vie, à l’honneur des sujets, ontermine promptement d’une façon ou d’une autretoutes les disputes. La manière de les finir est in-différente , pourvu qu’on finisse. Le hacha, d'a-bord éclairci, fait distribuer , à sa fantaisie, descoups de bâton sur la plante des pieds des plai-deurs, et les renvoie chez eux.
Et il seroit bien dangereux que l’on y eût lespassions des plaideurs : elles supposent un désirardent de se faire rendre justice, une haine , uneaction dans l’esprit, une constance à poursuivre.Tout cela doit être évité dans un gouvernementoù il ne faut avoir d’autre sentiment que la crainte,et où tout mène tout-à-coup , et sans qu’on lepuisse prévoir, à des révolutions. Chacun doitconnoître qu'il ne faut point que le magistrat en-tende parler de lui , et qu’il ne tient sa sûretéque de son anéantissement.
Mais dans les états modérés, où la tête dumoindre citoyen est considérable, on ne lui ôteson honneur et ses biens qu’après un long examen;on ne le prive de la vie que lorsque la patrie elle-même l’attaque; et elle 11e l’attaque qu’en lui lais-sant tous les moyens possibles de la défendre io .
Aussi, lorsqu’un homme se rend plus absolu 3 ,songe-t-il d'abord à simplifier les lois. On com-mence dans cet état à être plus frappé des incon-vénients particuliers que de la liberté des sujets,dont on ne se soucie point du tout.
a César, Cromwel, et tant d’autres.