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Tome premier.
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236 DE L ESPRIT DES LOIS,

De nos jours la désertion fut très-fréquente:on établit la peine de mort contre les déserteurs,et la désertion n’est pas diminuée. La raison enest bien naturelle : un soldat, accoutumé tous lesjours à exposer sa vie , en méprise ou se flatted’en mépriser le danger. Il est tous les jours ac-coutumé à craindre la honte; il falloit donc lais-ser une peine a qui faisoit porter une flétrissurependant la vie. On a prétendu augmenter lapeine, et on l’a réellement diminuée.

Il ne faut point mener les hommes par les voiesextrêmes ; on doit être ménager des moyens quela nature nous donne pour les conduire. Ou’onexamine la cause de tous les Relâchements , onverra quelle vient de l’impunité des crimes , etnon pas de la modération des peines.

Suivons la nature > qui a donné aux hommesla honte comme leur fléau ; et que la plus grandepartie de la peine soit l’infamie de la souffrir.

Que s’il se trouve des pays où la honte ne soitpas une suite du supplice, cela vient de la tyran-nie, qui a infligé les mêmes peines aux scélératset aux gens de bien.

Et, si vous en voyez d’autres où les hommesne sont retenus que par des supplices cruels, comp-tez encore que cela vient en grande partie de laviolence du gouvernement, qui a employé cessupplices pour des fautes légères.

Souvent un législateur qui veut corriger un

a On femloit le nez, on coupoit les oreilles.

mal