a3a DE L’ ESPRIT DES LOIS,
CHAPITRE XXI.
De la clémence du prince .
I_ja clémence est la qualité distinctive des mo-narques 33 . Dans la république, où Ton a pourprincipe la vertu, elle est moins nécessaire. Dansl’état despotique, où règne la crainte, elle estmoins en usage, parce qu’il faut contenir les grandsde l’état par des exemples de sévérité» Dans lesmonarchies, où l’on est gouverné par l’honneur,qui souvent exige ce que la loi défend , elle est plusnécessaire. La disgrâce y est un équivalent à lapeine ; les formalités mêmes des jugements y sontdes punitions. C’est là que la honte vient de touscôtés pour former des genres particuliers de peine.
Les grands y sont si fort punis par la disgrâce 34 ,par la perte souvent imaginaire de leur fortune,de leur crédit, de leurs habitudes, de leurs plai-sirs , que la rigueur à leur égard est inutile ; ellene peut servir qü’à ôter aux sujets l’amour qu’ilsont pour la personne du prince , et le respectqu’ils doivent avoir pour les places.
Comme l’instabilité des grands est de la nature
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du gouvernement despotique, leur sûreté entredans la nature de la monarchie.
Les monarques ont tant à gagner par la clé-mence 33 , elle est suivie de tant d’amour, ils entirent tant de gloire , que c’est presque toujours
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