Band 
Tome premier.
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DK I.’ ESPRIT DES LOIS,

sur quoi je laisse à juger à quel point nous som-mes devenus meilleurs. Il faut rendre ici hom-mage à nos temps modernes, à la raison présente,à la religion d’aujourd'hui , à notre philosophie,à nos moeurs.

Les auteurs de notre droit public, fondés surles histoires anciennes, étant sortis des cas rigides,sont tombés dans de grandes erreurs. Ils ont don-né dans l'arbitraire , ils ont supposé dans lesconquérants un droit, je ne sais quel, de tuer:ce qui leur a fait tirer des conséquences terriblescomme le principe, et établir des maximes queles conquérants eux-mêmes , lorsqu’ils ont eu lemoindre sens, n'ont jamais prises. 11 est clairque lorsque la conquête est faite , le conquérantn’a plus le droit de tuer, puisqu'il n'est plus dansle cas de la défense naturelle et de sa propre con-servation.

Ce qui les a fait penser ainsi, c’est qu’ils ontcru que le conquérant avoit le droit de détruirela société : d’où ils ont conclu qu’il avoit celui dedétruire les hommes qui la composent ; ce quiest une conséquence faussement tirée d’un fauxprincipe. Car, de ce que la sociétéseroitanéantie,il ne s’ensuivroit pas que les hommes qui la for-ment dussent aussi être anéantis. La société estl’union des hommes , et non pas les hommes -, lecitoyen peut périr, et l’homme rester.

Du droit de tuer dans la conquête, les politiquesont tiré le droit de réduire en servitude : mais laconséquence est aussi mal fondée que le principe.