LIVRE X , CHA1>. IV. 327
On n’a droit de réduire en servitude, que lors-qu'elle est nécessaire pour la conservation de laconquête. L’objet de la conquête est la conserva-tion : la servitude n'est jamais l’objet de la con-quête -, mais il peut arriver qu’elle soit un moyennécessaire pour aller à la conservation.
Dans ce cas, il est contre la nature de la clioseque cette servitude soit éternelle. Il Dut que lepeuple esclave puisse devenir sujet. L'esclavagedans la conquête est une chose d’accident. Lors-qu’apres un certain espace de temps toutes lesparties de l’état conquérant se sont liées avec cellesde l’état conquis, par des coutumes, des mariages,des lois , des associations, et une certaine confor-mité d’esprit, la servitude doit cesser. Car lesdroits du conquérant ne sont fondés que sur ceque ces choses-là ne sont pas, et qu’il y a unéloignement entre les deux nations tel que l’unene peut pas prendre confiance en l’autre.
Ainsi le conquérant qui réduit le peuple en ser-vitude doit toujours se réserver des moyens (etces moyens sont sans nombre) pour l’en fairesortir.
Je ne dis point ici des choses vagues. Nos pères,qui conquirent l’empire romain , en agirent ainsi.Les lois qu’ils firent dans le feu, dans l’action,dans l'impétuosité, dans l’orgueil de la victoire,ils les adoucirent : leurs lois étoient dures, ils lesrendirent impartiales. Les Bourguignons, les Gothset les Lombards , vouloient toujours que les Ro-mains fussent le peuple vaincu ; les lois d'Euric,