LIVRE X, C H A P. XIV. 341
d’issus lui donna Tyr et l’Égypte; la bataille d’Ar-belles lui donna toute la terre.
Après la bataille d'issus, il laisse fuir Darius,et ne s’occupe qu’à affermir et à régler ses conquêtes :après la bataille d’Arbelles, il le suit de si près a qu’ilne lui laisse aucune retraite dans son empire. Dariusn’entre dans ses villes et dans ses provinces quepour en sortir: les marches d’Alexandre sont sirapides, que vous croyez voir l’empire de l’universplutôt le prix de la course, comme dans les jeuxde la Grèce, que le prix de la victoire.
C’est ainsi qu’il fit ses conquêtes: voyons com-ment il les conserva.
Il résista à ceux qui vouloient qu’il traitât b lesGrecs comme maîtres, et les Perses comme esclaves ril ne songea qu’à unir les deux nations, et à faireperdre les distinctions du peuple conquérant et dupeuple vaincu :. il abandonna après la conquêtetous les préjugés qui lui avoient servi à la faire ril prit les moeurs dea Perses, pour ne pas désolerles Perses en leur faisant prendre les moeurs desGrecs ; c’est ce qui fit qu’il marqua tant de respectpour la femme et pour la mère de Darius, et qu’ilmontra tant de continence. Qu’est-ce que ce con-quérant qui est pleuré de tous les peuples qu’il asoumis? Ou’est-ce que cet usurpateur sur la mortduquel la famille qu’il a renversée du trône versedes larmes? Ç’est un trait de cette vie dont les
a Voyez Arrien, de exped. Alex. fit. III.
b C’étoitle conseil d’Aristote. Plutarque, OEuvres morales,de h fortune $ Alexandre-,