P E K S A N E S.
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n’étoient point si contrefaits, ils n’étoient pointvelus comme des ours, ils ne siffloient point, ilsavoient deux yeux ; mais ils étoient si méchantset si féroces , qu’il n’y avoit parmi eux aucunprincipe d’équité ni de justice.
Ils avoient un roi d’une origine étrangère, qui,voulant corriger la méchanceté de leur naturel,les traitoit sévèrement: mais ils conjurèrent contrelui, le tuèrent, et exterminèrent toute la familleroyale.
Le coup étant fait , ils s'assemblèrent pourchoisir un gouvernement; et, après bien des dis-sensions, ils créèrent des magistrats. Mais à peineles eurent-ils élus, qu’ils leur devinrent insuppor-tables, et ils les massacrèrent encore.
Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne con-sulta plus que son naturel sauvage. Tous les par-ticuliers convinrent qu’ils n’obéiroient plus à per-sonne , que chacun veilleroit uniquement à sesintérêt?, sans consulter ceux des autres.
Cette résolution unanime flattoit extrêmementtous les particuliers. Ils disoient : Qu’ai-je à faired’aller me tuer à travailler pour des gens dont jene me soucie point? Je penserai uniquement àmoi; je vivrai heureux: que m’importe que lesautres le soient? Je me procurerai tous mes besoins;et, pourvu que je les aie , je ne me soucie pointque tous les autres Troglodytes soient misérables.
On étoit dans le mois où l’an ensemence lesterres; chacun dit : Je ne labourera imon champque pour qu’il me fournisse le bled îm’il me faut