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temps d’envoyer à la ronde annoncer le cou-rouc : mais le premier eunuque, toujours indus-trieux, prit une autre précaution ; car il joignità la toile, qui nous empêchoit d’être vues, un ri-deau si épais que nous ne pouvions absolumentvoir personne.
Quand nous fûmes arrivées à cette rivière qu’ilfaut traverser, chacune de nous se mit, selon lacoutume , dans une boîte, et se fit porter dansle bateau; car on nous dit que la rivière étoitpleine de monde. Un curieux, qui s’approcha detrop près du lieu où nous étions enfermées, re-çut un coup mortel qui lui ôta pour jamais lalumière du jour; un autre, qu’on trouva se bai-gnant tout nud sur le rivage, eut le même sort;et tes fidèles eunuques sacrifièrent à ton honneuret au nôtre ces deux infortunés.
Mais écoute le reste de nos aventures. Quandnou's fûmes au milieu du fleuve, un vent si im-pétueux s’éleva, et un nuage si affreux couvritles airs, que nos matelots commencèrent à déses-pérer. Effrayées de ce péril, nous nous évanouî-mes presque toutes. Je me souviens que j’enten-dis la voix et la dispute de nos eunuques, dontles uns disoient qu’il falloit nous avertir du périlet nous tirer de notre prison ; mais leur chef sou-tint toujours qu’il mourroit plutôt que de souf-frir que son maître fût ainsi déshonoré, et qu’ilenfonceroit un poignard dans le sein de celui quiferoit des propositions si hardies. Une de mesesclaves, tout hors d’elle, courut vers moi5. 7
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