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si tôt que la dilette d’argent se fait sentir dans unétat accoutumé au luxe , la nation tombe dans lemépris.
Pours’y soustraire , il faudroit se rapprocher d’unevie simple > & les moeurs, ainsi que Ics loix , s’yopposent. Auílì l'époque d u plus grand luxe d’une na-tion eít-elle ordinairement l’époque lapins prochaine
d’une nouvelle denrée ? Pour naturaliser cette nouvelledenrée dans un pays, il faut un soin 8c unt dépense quidoivent presque touiours laisser, à cet égard , l’avantagedu commerce au pays où cette denrée croît naturelle-ment, & dans lequel elle est depuis long-temps cultivée.
II est cependant un cas, peut-être imaginaire , où réta-blissement des manufactures 8c le commerce des arts deluxe pourroit être regardé comme très-utile. Ce feroitlorsque l'etendue 8c la fertilité d’un pays ne seroient pasproportionnées au nombre de ses habitans, c'est-à-dire,lorfqu’un état ne pourroit nourrir tousses citoyens. Alorsune nation qui ne lera point à portée de peupler un pays,tel que l’Amérique, n’a que deux partis à prendre; l’un ,d’envoyer des colonies ravager les contrées voisines, 8cs’établir, comme certains peuples, à main armée, dansdes pays assez fertiles pour les nourrir ; l’autre, d’établirdes manufactures, de forcer les nations voisines d’y leverdes marchandises, 8c de leur apporter en échange les den-rées nécessaires à la subsistance d’un certain nombre d’ha-bitans. Entre ces deux partis, le dernier est, fans con-tredit , le plus humain : quel que soit le sort des armes ,victorieuse ou vaincue, toute colonie qui entre à mainarmée dans un pays, y répand certainement plus de dé-solation 8c de maux que n’en peut occasionner la levéed’une espèce de tribut, moins exigé par la force que parl’humanicé.