Band 
Tome premier.
Seite
155
JPEG-Download
 

DE t’ E S P R I T. 155

vivions encore dans ces siècles barbares ou l’on rédui-foir les peuples en servitude , & l’on abandcnnoit lesvilles au pillage. Le íoldat n’étant plus maintenantexcité par ce motif, il ne peut l’ètre que par ce qu’onappelle l’honneur : or , le désir de l’honnenr s’éteintchez un peuple , lorsque l’amour des richelles s’yallume (1). En vain diroit t-011 que les nations richesgagnent du moins en bonheur Sc en plaisirs ce qu’ellesperdent en vertu & en courage: un Spartiate (2) ne-toit pas moins heureux qu’un Perse ; les premiersRomains, dont le courage éroit récompensé par ledon de quelques denrées , n’auroienc point envié lefort de Craisus.

Caïus Duillius, qui, par ordre du sénat, étoit tousles soirs reconduit à fa maiíon à la clarté des siatnbeaux& au ion des situes, n'étoit pas moins sensible à ceconcert greffier, que nous le (ommes à la plus brillante

( 1 ) 11 est inutile d’avertir que le luxe est, à cet égard ,plus dangereux pour une nation située en terre ferme,que pour des insulaires ; leurs remparts font leurs vais-seaux , 8c leurs soldats les matelots.

( 2 ) Un jour qu’on faisoit devant Alcibiade l’éloge de lavaleur des Spartiates : De quoi s‘ itonne-t-on , difoit-il ? àla vie malheureuse quils minent , ils ne doivent avoir rien defi prejsé que de mourir. Cette plaisanterie étoit celle d’unjeune homme nourri dans le luxe : Alcibiade se trompoit,8c Lacédémone n’envioit pas le bonheur d'Athènes. C’estce qui faiioit dire à un ancien , qu’il étoit plus doux devivre , comme les Spartiates, à sombre des bonnes lois,qu’à sombre des bocages, comme ies Sybarites.