ESPRIT. 1)7
» vaisseaux, que vous alliez reconnottre des côtes inha-” bitées , & que vous attiriez chez vous tout l’or des” Eípagnes & de l’Afrique , nous , plus prudens,« nons endurcirions nos loldats âux fatigues de la« guerre, nous élevions leur courage ; nous savions« que 1 industrieux ne travailloit que pour le brave." Le temps de jouir est arrivé ; rendez-nous des biens" que vous êtes dans limpuillance de défendre». Siles Romains n’ont pas tenu ce langage, du moins leurconduite prouve t elle qu’ils é toi en t affectés des sen-ti mens que ce discours supposé. Comment la pau-vreté de Lomé n’eût-elle pas commandé à la richellède Carthage, & conservé, à cet égard, 1 avantage queprcíque toutes les nations pauvres ont eu fur les na-tions opulentes ; N’a t on pas vu la frugale Lacédé-mone triompher de la riche & commerçante Athènes?les Romains fouler aux pieds les sceptres d or de l’Aíie ?N’a t-cn pas vu l'Lgvpte, la Phénicie, Tyr, Sidon,Rhodes , Gènes , Venise, subjuguées, ou du moinshumiliées par des peuples quelles appeloient barbares ?Et qui tait si on ne verra pas un jour la riche Hollande,moins heureuse au dedans que la Lui lie, opposer à sesennemis une résistance moins opiniâtre ? Voilà fousquel point de vue le luxe le présente aux philotophes,qui l'on t regardé comme funeste aux nations.
La conclusion de ce que je viens de dire , c’est queles hommes > en voyant bien ce qu’ils voient, en tirantdes coniéquences très justes de leurs principes, arriventcependant à des résultats souvent contradictoires ;parce qu'ils n’ont pas dans la mémoire tous les objets