Band 
Tome premier.
Seite
166
JPEG-Download
 

166 DE l’ E S P R I T.

tendance. Or , tout effet est nécessaire, En ce sens, onne peut donc attacher aucune idée nette à ce mot deliberté. Mais, dira -1 - on, fi l’on est nécessité à pour-suivre le bonheur par tout où on l’apperçoit, du moinssommes nous libres íur le choix des moyens que nousemployons pour nous rendre heureux (i)î Oui , ré-répondrai-je ; mais libre n est alors qu’un synonymeà’éclairé, St l’on ne fait que confondre ces deux notions:selon qu’un homme laura plus ou moins de procédure& de jurisprudence, qu’il fera conduit dans ses affairespar un avocat plus ou moins habile , il prendra unparti meilleur ou moins bon ; mais quelque parti qu’ilprenne, le désir de son bonheur lui fera toujours choisirle parti qui lui paraîtra le plus convenable à ses in-térêts , ses goûts, ses passions, Sc enfin à ce qu’ilregarde comme son bonheur.

(somment pourrait - on philosophiquement expii-

(i) II est encore des gens qui regardent la suspensiond'esprit comme une preuve de la liberté ; ils ne s’apper-çoivent pas que la suspension est aussi nécessaire que laprécipitation dans les jugemens : lorsque, faute d’eximen,l'on s’est exposé à quelque malheur, instruit par l'infor-tune, l'amour de soi doit nous nécessiter à la suspension.

On se trompe pmillement sur le mot délibération : nouscroyons délibérer lorsque nous avons , par exemple, àchoisir entre deux plaisirs à-peu-près égaux & presqueen équilibre ; cependant, l'on ne sait alors que prendrepour délibération la lenteur avec laquelle, entre deuxpoids à-peu-près égaux, le plus pesant emporte un desbassins de la balance.